Culture narcissique et politique
En 1979, Christopher Lasch publie The culture of narcissism,
qui sera traduit chez Laffont en 1981 sous le titre Le complexe de
Narcisse. Titre trompeur puisqu’il retient un sens
psycho-individuel et élimine l’aspect socio-culturel de culture
narcissique. Trente ans plus tard, on peut s’interroger sur les
effets de cette culture sur la vie politique.
Il peut être
commode, pour approcher ces questions, de partir de la description
que donne le DSM du « trouble de la personnalité
narcissique ». Le DSM est un manuel de diagnostic des troubles
mentaux, fruit d’une élaboration collective et longuement négociée
de psychiatres américains. Il en est à sa quatrième version (DSM
IV). Il est fondé sur le refus de toute hypothèse théorique
concernant les origines et les causes des troubles mentaux : il
s’agit de décrire les troubles en des termes
qui soient communs à tous les professionnels. Le diagnostic
n’est pas simpliste, il prend en compte cinq « axes »
(troubles cliniques, troubles de la personnalité, affections
médicales, contexte de vie et évaluation globale du
fonctionnement).
Les neuf critères du
narcissisme
Le DSM IV retient douze « troubles
de la personnalité » (axe 2). Chacun est caractérisé par
sept à neuf items qui décrivent des comportements. Pour poser tel
diagnostic, il faut observer au moins 4 sur 7 ou 5 sur 9 de ces
comportements. Il est rare qu’une personne présente tous
les comportements d’une liste : c’est alors un cas vraiment
pathologique ! Le plus souvent, les personnes qui consultent
présentent un petit nombre de traits de plusieurs troubles.
Voici les neuf critères du DSM IV pour le trouble
de la personnalité narcissique :
« Le
sujet…
a un sens grandiose de sa propre importance (par exemple il surestime ses réalisations et ses capacités, s’attend à être reconnu comme supérieur sans avoir accompli quelque chose en rapport) ;
est absorbé par des fantaisies de succès illimité, de pouvoir, de splendeur, de beauté ou d’amour idéal ;