Excerpt for TOUTE SORTIE EST DEFINITIVE by Laurent FETIS, available in its entirety at Smashwords

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Programme double:

Quelques films, des concerts, des soirées avec en filigrane le lâchage progressif des soirées goths et concerts dark électro au profit de la minimale émergeante. Plongées dans quelques moments musicaux, dans le pays altéré de mes nuits. Tout est vrai, tout fut réel, à part quelques détails modifiés par des états de fatigue ou des coupures mentales.

Une collection foutraque de souvenirs incertains.

Juste une trace sonore sur les années 2000.

Ce journal intime du dancefloor comprend plus de 123 concerts, 55 soirées, 6 films déviants, 236 heures de dancefloor, plus de 60 litres de bières, 45 litres de cocktails divers, 4 litres de Jack Daniels, 142 paquets de cigarettes, un briquet croqué, un genou brisé, une arcade sourcilère ruinée, des bisous volés, des tentatives de séduction délétères, du sang, de la lose à l’état pur et des glissades dans la sueur !

Comprend également NIN, du Dresden Dolls, Du Neubaten, Du Cocoon, du zouk gothique, de la minimale berlinoise, de la noïse de Chicago et une star italienne certifiée conforme.

Mais avant ça, un excellent texte de Sylvain Lemercier à qui je laisse le soin de se présenter lui-même. Une pure fiction, quoique… Allez savoir…














AUTOLARGUE

SYLVAIN LE MERCIER

 

 







 Né en 1975, originaire de Bretagne, DJ electrorock depuis 1996 sous le nom de :[S20]:, Sylvain Le Mercier, adolescent professionnel et punk-clubber hors-série a été, dans le désordre : livreur de pizzas, convoyeur de véhicule, sans domicile, barman, jardinier, nounou, sommelier, vendeur de disques d'occasion, débouchonneur au Gwrac'h Du ou encore plongeur dans un resto minable. Il s'est mis à écrire à 33 ans, comme quoi tout peut arriver à un age où l'on croit tout savoir et où on ne sait au final pas grand chose. «Autolargué», sa première nouvelle (et peut-être sa dernière) est un manifeste d'anticipation sociale désabusé écrit essentiellement de nuit entre une cave Nantaise, un hôtel abandonné dans le Médoc, un appartement à Rouen et quelques wagons de trains qui nous plonge dans la vie d'un clubber loser au grand cœur qui voit le monde comme il est : plein de surprises, de points d'interrogation, de déceptions et de publicités pour des hamburgers.

Un dernier mot ? Vodka !


Au gang Tap's, ma famille.

À mes Amis qui savent qui ils sont.



À la mémoire de l'Amour




«We're Like Crystal, We Break Easy» New Order


Merci à Laurent "Multipass" Fetis


**************




Nouvel an et infrabasses





- T'as quoi mec ?
- Un peu de tout, ma Base est vraiment top
- Va te faire foutre ! Je touche pas à cette merde ! File-moi des graines de LSA
- J'ai pas
- Tu te fous de moi ? Tu viens de m'dire que t'avais un peu d'tout !
- Hey fais pas ton lourd trimard ! Tu veux de la MD, elle est cool ?
- pfff, combien ?
- 10 paras pour 30 dollars
- 10 à 25 ?
- OK ça marche, mais souviens-toi de mon geste.
- Mouais, v'là la fraîche.
- Cool mec, bonne éclate !
Il fait froid. Le brouillard givrant assèche mes lèvres.

Ma mission est simple : chopper la came, regagner le club en pensant à la seule et unique chose qui compte cette nuit : m'éclater. Le corps, la tronche, le cerveau, je veux que tout soit en phase avec tout. Surtout pas de bad trip ! Et même si ce type a une sale gueule et que je vois bien que c'est un putain de rat qui vend de la merde à des gosses paumés, jeunes et vieux, c'est surtout le seul ambulant plein de came ouvert la nuit près du Liquid que j'ai dégoté.


Mercredi premier janvier, minuit dix-sept minutes et douze secondes.


Je retrouve Jay, titubant devant le club, il me dit qu'il va bien, qu'il est juste perché. Je crois que je vais pas lui filer de para, c'est un coup à ce qu'il me claque entre les pognes !
Je réintrègre le club faisant un signe au portier. Évidemment, c'est blindé, tu crois quoi ? Un nouvel an à Seattle, tous les clubs doivent être blindés. Je l'avais dit pourtant que je ne referai plus jamais de nouvel an dans un club !

"2003 ne sera pas pire que 2002, ça pourra pas être pire". Voilà ce que je me disais en début de soirée, à peu près sobre, et puis, maintenant je me dis que j'avais eu la même réflexion en 2002 concernant 2001, ainsi que pour chacune des années passées. 2003 sera une année de merde comme toutes les autres. Je baiserai une fois par mois si j'ai de la chance, je me défoncerai la gueule 12 fois par mois si j'ai de la chance,et  j'éviterai l'overdose comme en 1998... Si j'ai de la chance.
De la chance ? C'est dans les films que la chance existe.
Prune, Rodney et Nick sont là. Ils attendaient mon retour comme celui d'un prophète. Le prophète qui leur amène leur dose d'envolées psychotropiques.
- Alors ? dit Rod

- Alors 10 pour 25, envoyez les dollars les amis. Sinon, Andy est arrivé ?

- Nan, ça s'trouve il est déjà raide.

Ah ce sacré Rod, fidèle à lui-même, ronchonnant et toujours les pieds sur terre, sauf quand il est au stade pour voir les Seahawks.

J'ai quitté mon taf y a 2 jours parce que ces enculés ont voulu me sucrer les jours que j'avais demandés depuis octobre pour pouvoir venir à Seattle. J'en avais ras-le-cul de nettoyer les piscines de tous ces bourgeois et encore plus ras-le-cul de mon connard de boss qui prend son hummer chaque jour alors qu'il habite à 500 mètres tandis que moi je me tapais 45 minutes de tram, mon abonnement à la MAX n'étant même pas remboursé !
Et puis j'en avais marre de respirer du chlore toute la journée. Ça plus la défonce du week-end, j'te raconte pas les migraines.


Passer le filet pour récupérer les algues, les feuilles tombées et autres insectes attirés par les reflets de l'eau. Frotter, gratter le calcaire, nettoyer chaque jointure du carrelage. Nettoyer les filtres, désinfecter au Polyhexaméthylène, mélanger du chlore, du sel et du brome pour éviter la prolifération des bactéries, traiter l'eau légèrement à l'anti-algues, vérifier le pH. Un pH de piscine doit être entre 7.1 et 7.8. Des produits d'entretiens de qualité évitent les mauvaises odeurs, l'érosion des pièces métalliques et de ressortir de l'eau le corps recouvert de plaques. Je détestais nettoyer ces piscines, mais humer ces produits à longueur de journée m'a fait plonger dans la drogue.


Le travail m'a rendu accroc à la drogue.


Andy déboule dans le club. Andy a la vingtaine, une chevelure de Norvégien dans un corps d'Américain. Lui-même ne connaît pas vraiment ses origines. Il a un t-shirt turquoise immonde qui vire au vert vase du groupe Le Tigre. Andy nous explique qu'il a tourné dans tout le centre et même poussé jusqu'à Medina pour trouver de la came. J'explose de rire en lui disant que j'en ai trouvé à 100 mètres du Liquid. Je ne sais pas si Andy pourrait trouver un dealer si on le plaçait au centre de la cour des miracles !
- Allonge les billets mec, et je t'offre un voyage qui va te faire zapper 2002 pour de bon.

- Yeah Stew ! Tu gères matou !

Prune et Rod sont enlacés. Ils sont si bien ensemble, si heureux. Je devrais éprouver de la jalousie envers leur bonheur mais en fait, non, je suis content pour eux. Sans doute les premiers effets alcool / MDMA qui se font sentir. Faut que je bouge danser histoire que la drogue se diffuse bien. Je file au bar. Je scanne la foule en train de faire la fête. Il y a cette petite blonde éméchée qui s'amène en me poussant un peu.
- Laisse une place, Chéri, t'es pas le seul assoiffé du bordel ! Et bonne année ! me dit-elle avec un large sourire.

Elle s'appelle Mary Jane, elle me raconte qu'elle vient de Boston avec sa copine Vera. Elles sont venues passer les fêtes chez Gauthier leur ami français qui vit à Vancouver et ils ont décidé de bouger sur Seattle pour le nouvel an.

Elle me dit que ses parents étaient hippies et qu'ils l'ont appelée Mary Jane (j'imagine les heures de réflexion d'un couple de hippies défoncés à l'herbe grasse essayant de se connecter à leurs neurones restants pour trouver un nom à leur petite fille et finalement lui donner le nom de leur drogue favorite. Ça a dû être pour eux aussi dur que de passer leurs diplômes de fin d'étude !) Si j'ai une fille un jour, je l'appellerai Morphine tiens !
Vera rapplique avec Gauthier. Vera roule une grosse pelle à Mary Jane ce qui ne manque pas de me surprendre. Vera est une femme fatale, brune à frange, poitrine opulente, robe en vinyle et bottes à talons aiguilles. Drôle de couple que celui-ci, Mary Jane, plutôt look à la Mick Jagger période "Some Girls", fille du rock'n roll, les cheveux blond paille en bataille, et Vera entre Elvira, Morticia et Betty Page.

Gauthier, lui, est un gabarit léger, mèches sculptées, créature de la Nouvelle Vague à la Française, qui semble enivré au pinard californien et arbore un rictus autosatisfait concernant son ébriété actuelle.

Gauthier me dit qu'il est négociant en vins français et que ce vin californien est rempli de sucre et d'arômes copeau de bois. À vrai dire c'est du charabia pour moi mais si il le dit. Tant qu'il y a l'ivresse, moi, tout me va. En tout cas son accent est vraiment pourri mais ça lui donne un certain charme. En fait Gauthier a plus une tête à être styliste que négociant en vins.
Rod est bourré. Il vient vers moi et m'entraîne sur le dancefloor et on danse sur de la trance israélienne. Quand Rod t'attrape comme ça, c'est vraiment qu'il est bourré.
Et je me retrouve là, la tête à l'envers à danser entouré de mes potes et de mes nouveaux amis d'un soir, mes premières connaissances de 2003.

La montée est belle et bien amorcée là.

Genre, tu as ce voile cotonneux autour de ton regard. Tes muscles et tes nerfs n'existent plus, ton sourire est mécanique, et surtout tu as une de ces envies de baiser alors que tu ferais de piètres performances si tu en avais l'occasion !

- J't'aime bien toi ! me dit Vera

- Bah t'as l'air plutôt cool aussi.

- Bien sûr que j'suis cool ! Tant que tu mets pas tes mains sur ma poitrine et ton nez dans le cul de ma copine, tout devrait très bien se passer entre nous !


Wow ! Vera me fait un grand numéro de dominatrice qui sort les griffes, sauf que je sens bien que ce n'est pas un numéro. Ouais, cette fille est sûrement la plus cool de toutes les filles de la Terre mais faut pas la faire chier genre.

Trinquer, boire, danser, gober, gerber, faire la queue aux chiottes, sniffer, saigner du nez, tituber, voir trouble, voir Prune vomir à son tour sur son sac à main "Madonna", virevolter sur le dancefloor, rejoindre les autres sur les divans.

- Enchaîne mec : double vodka-coca !

- Ouais cool, je dis à Nick qui est complètement défait. J'arrive même plus à voir son iris, le

truc de dingue quoi !

- Putain, j'suis trop content de t'avoir comme pote, bon, c'est un peu gênant de dire ça comme ça là, mais franchement je t'adore mec, t'es trop un matou génial, moi, je sais que t'es un gars bien, un vrai, qui a du coeur et tout. Je t'aiiiiime mec !
- Ah ah ah ah ! T'es super raide mon pote !

- Bah oui j'suis super raide mais fallait que je te le dise !


C'est con, parce que je sais que Nick est arraché complet mais ça me fait un plaisir fou d'entendre des mots comme ceux-là. Ouais, j'suis un gars bien.

Enfin je crois.


Mercredi premier janvier, six heures trente-trois minutes et onze secondes


- C'est pas un morceau de CJ Bolland ça ?

- J'en sais rien du tout désolé.

- Oh, en fait je t'ai vu décoller du canapé où tu étais avec tes potes pour sauter sur le dancefloor alors je pensais que tu connaissais.

- J'ai juste senti le truc, ça m'a donné envie de danser, c'est tout.

-J'm'appelle Sophia et toi ?

- Stew, enchanté.

- Tu veux un X ?

- J'suis un peu gavé de MD là, j'avoue.

- Oh ! On est dans le même état alors ! Je t'offre une pointe de speed alors ?

(et si pour une fois je ne me posais pas de questions ?)

- Ouais ça marche !

Sophia, brune aux yeux bleus, la vingtaine, souriante, me prend la main et m'emmène dans les toilettes des filles. On tape dans sa poudre et elle me dit qu'elle écrit, qu'elle vit à Seattle depuis 4 ans et qu'à la base, elle est originaire du Nebraska.

Le Nebraska, c'est le genre d'état qu'on oublie toujours si on nous demande de citer les 50 états. On n'oublie jamais la Floride ou l'Alaska, mais toujours l'Idaho et le Nebraska.

Sophia est une sorte de Laura Ingalls v2.0 qui a découvert le monde moderne à l'âge de 18 ans en arrivant à Seattle pour faire ses études de lettres.

Elle est souriante, clairement moins défoncée que moi et extrêmement charmante.
Je la trouve jolie. (Calme-toi mec, tu es sous prods, tu n'es pas exactement toi, tu es juste celui que tu voudrais être)

Cette fille-là est différente des clubbeuses habituelles, cette fille-là est aussi différente que la nuit que je vis en ce moment même.

On reste là, à se regarder. Et puis un de ces connards d'amis vient lui souffler quelque chose à l'oreille.

- Je dois y aller, me dit-elle, vraiment désolée. Elle me regarde les yeux navrés et la bouche tordue.
- Alors adieu, je dis.

Et Sophia disparaît.

Bordel de merde ! Il y a toujours un élément perturbateur dans la vie, un grain de sable qui vient bloquer l'engrenage. Après, en jaugeant mon état, du moins en essayant de le faire, je me dis que ma défonce va bien m'aider à passer le cap ! D'autant que Nick m'attrape au vol et m'emmène retrouver les autres.


Il est l'heure de sortir du Liquid apparemment. Mais pourquoi ? Y a encore du son, non ?
Oui mais Prune en a marre, Jay s'est endormi, et Gauthier propose qu'on se bouge dans un bar pour se finir. Quand t'es avec tes potes, c'est comme lorsque t'es dans un bus : quand une fenêtre est ouverte, si quelqu'un a froid, tu dois fermer la fenêtre, même si toi tu crèves de chaud.

Alors avec Rod, on réveille difficilement Jay qui veut pas bouger et qui se rendort aussi sec. Prune écrit un mot et lui colle dans la poche de son jean, celle où sont logées ses clés de bagnole. «Appelle sur mon portable quand t'es réveillé, bises. P»





After et redescente spatiale


Mercredi 1er janvier, onze heures onze minutes et trente-huit secondes


Je suis avec Prune, Rod, Nick et Andy au Space Needle Coffee. Il y a aussi Mary Jane, Vera et Gauthier.
La déco du bar est une sorte de base spatiale mais vue des 60's... Entre l'Enterprise et le fast-food qu'il y a dans ''Happy Days''. Fauteuils en cuir blanc cassé, tables basses rétro grises en formica, Polaroïds géants sous verre d'astronautes sur la Lune , néons bleus et blancs, panneaux lumineux vantant les mérites du Jägermeister, barmen et serveuses en tuniques bleue électrique.

- Tout ce putain de bar aurait sacrément la classe s’ils passaient de la meilleure musique que cette pop FM

- Tiens, tant que tu parles de musique Andy, à votre avis, qu'est ce que ferait Jim Morrison

s’il était encore en vie ? Je demande.

- Du blues mec, répond Rod.

- Il serait chamane dans une tribu en Afrique, dit Mary Jane

- Jim Morrison, c'est Justin Timberlake maintenant dit Vera, ce qui ne manque pas de nous faire exploser de rire.

- Nan, nan, nan, je dis... Jim Morrison ferait de la techno je pense ! Il l'a prédit dans une interview en 1969 je crois, il imaginait le futur de la musique en voyant un type seul entouré de machines !!!

Putain t'y crois à ça ? Ça se trouve, Jim est un des plus gros producteurs techno et fait jouer des pantins pour lui comme Sven Vath !

Je suis persuadé que ce bon vieux Jim est sous exta et vit dans une cave à Detroit d'où il balance ses productions et il choisit des blacks comme Derrick May pour les jouer ! Les mecs qui font de la techno c'est un peu les bluesmen de maintenant sauf qu'au lieu de se plaindre, ils gobent et ils envoient du BPM !

- Là c'est toi qu'es trop raide dit Nick !

- J'y crois autant que tu crois que Joey Ramone est en vie mec !

- Mais Joey est en vie, répond Nick, il vit dans les sous-sols du CBGB's, j't'assure !
- Ah ah ah qu'est-ce qu'on peut raconter comme cracks quand on est en début de descente. Mais moi j'y crois à mon histoire sur le Roi Lézard. Jim fait de la techno, point barre. Et le connard qui a fait le remix pourri de ''Bird Of Prey'' on devrait le brûler ! C'est pas Moby ou un mec comme ça ? Putain mais comment tu peux t'appeler Moby bordel ?

- Nan j'crois que c'est Fatboy Slim ou un de ces anglais fou de big beat, dit Andy.
Nous reprenons une bouteille de vodka en plus des cafés. Ce nouvel an ne devrait jamais se terminer...

La température extérieure atteint les 2 degrés. Seattle est sous une brume hivernale blanche et humide. On distingue à peine le sommet du Space Needle.

Vodka, Vodka, Vodka, Vodka, Vodka, Vodka, Vodka, Vodka, Vodka, Vodka !!!

On entend le nouveau tube de Britney :"Toxic" qui sort de la sono dolby du bar.
- Tu crois que Britney Spears pourrait vraiment devenir la Madonna du XXIème siècle ? dit Gauthier.
- C'est qui Madonna ? je réponds

- La mère de Britney Spears dit Rod

Putain j'ai envie de retourner au Liquid !!!!! Je veux danser et allumer le dancefloor !!! Je veux partir en vrille, virevolter, tourner encore et encore sur moi-même et m'échouer dans les bras d'une fille cocaïnée (ou non).

- Y'a pas un after quelque part ? Un club ouvert un premier janvier à midi à Seattle, ça doit bien exister non ???

- Sinon y'a l'option Taco Bells ! dit Prune.

- Toi tu penses qu'à te goinfrer, dit Rod.

- Y'a du son et des lasers au Taco ? je dis

- Nan, dit Prune en faisant une moue adolescente.

- Pas de Taco Bells !!! Emmenez-moi dans un club qui ne ferme jamais ! Je ne veux plus en ressortir ! On se nourrira de MDMA et de vodka !

- Un p'tit hamburger de temps en temps non ? dit Prune.

- Moi ça me branche grave dit Vera, ton idée de rester dans un club à vie.
La serveuse du Space Needle Coffee vient nous voir et nous re-propose du café.

Je dis : Pourquoi vous nous re-proposez pas de vodka ?????

La vodka ça me fait groover ! La vodka ça fait toute la différence ! J'ai la gueule de bois ? Vodka ! J'ai du mal à me réveiller ? Vodka ! J'ai du mal à m'endormir ? Vodka ! J'ai un plan baise ? Vodka ! Je suis presque mort ? Vodka ! Alors je voudrais bien savoir pourquoi à chaque fois qu'une serveuse se pointe devant moi elle me propose du café ? FUCK OFF ! Un café ? Et pourquoi pas un Pepsi sans vodka pendant qu'on y est ? Mais moi mon kiff c'est la Polonaise, celle avec l'herbe de bison dedans.

On ricane, on ricane, mais les effets de la défonce s'estompent tandis que ceux de l'alcool s'accentuent. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai eu une sacrée absence dans les chiottes.


J'ai rêvé de rails.

 


Coup de boule pas cool




Mercredi 1er janvier, treize heures quarante-sept minutes et dix secondes

 

Nous ressortons complètement défouraillés du Space Needle Coffee. On s'est peut-être même fait jeter, j'arrive pas à vraiment percuter de quelle foutue manière nous sommes sortis de ce bar.

Ce que nous ne savons pas c'est qu'au bout du Broad, sur Elliot Avenue, nous avons rendez-vous avec l'embrouille. Va te faire brancher quand t'es dans un état mental proche de celui du Dr Gonzo.

- Toi t'es trop fuckable, tu vas venir faire ta biatche dans mon plumard ce soir chérie !
What the fuck ? Ça joue les clones du Wu Tang, ça passe 2 heures par jour à soulever des poids, ça a le logo de son gang tatoué sur le bas-ventre en lettres gothiques, ça parle mal aux dames et ça vit encore chez papa-maman. Il n'en fallait pas plus que ça à Vera pour filer un coup de boule au type qui agite ses bras à la vitesse de Superman tapant à la machine quand il parle... Et pour ce qu'il a à dire, sans dec' ce gars-là, il brasse de l'air.
Le gars et ses copains qui rappliquent sont balèzes, genre des masses comme celles qu'on voit dans les clips de hip hop sur MTV. Les mecs sont jeunes, autour de 15 ans je pense. Ils doivent venir du nord de la ville. J'en repère deux avec des guns dans le futal. Va savoir s’ils sont chargés ou s’ils savent s'en servir.

- Quoi ? Moi j'suis ''fuckable'' ? La seule partie de mon corps qui va te toucher ducon c'est mon front dans ta face ! dit Vera.

Et vlan, elle lui colle le plus mortel coup de boule en vague que j'ai jamais vu. Le pif du badboy se décolle et ni une, ni deux, notre ghettofucker s'écroule les mains plaquées sur son nez ensanglanté. Ses homeboys commencent à hurler et à nous menacer sérieusement mais pas un ne bouge. Vera se tient devant eux, le front plein de sang et le regard qui dit ''À qui le tour ?''. Une voiture de police tourne dans la rue et les gangstas se dispersent comme des lapins de garenne à l'arrivée d'un loup.

Je regarde Vera. Putain, les filles de la Côte Est c'est quand même autre chose, elles passent moins de temps à se faire pouponner dans les instituts de beauté et à se vernir les ongles des doigts de pieds... Encore que j'ai connu une New-Yorkaise qui doit être la personne la plus superficielle de la planète. Paris Hilton à côté c'est Hillary Clinton !


D'ailleurs qu'est-ce que je fous sur la Côte Ouest hein ? Rien ne me plaît ici. En même temps à part Portland et Seattle, je connais pas grand chose. Ça se trouve, je serais à Las Vegas ou à San Diego, je serais trop heureux. Manque de pot, je n'aime ni les casinos, ni les températures extrêmes.

Nous nous éloignons en matraquant les gangstas de bras d'honneur, et je reste ébahi devant le courage de Vera.


Tout le monde pète un peu les plombs, la fatigue, la descente...


Voilà l'état des guerriers du dancefloor au petit midi, les rois de la nuit extasiée sont décalqués, les kings de la bringue intersidérale sont sidérés, les alcoolojunkies sont finis. Nous sommes désaxés au possible et à cette heure-ci, nous attrapons plus de migraines que de lasers verts. Nous nous séparons devant le Starbucks de Pike Place, encore un endroit avec des serveuses en tuniques qui te proposent des cafés à la place de la vodka, Gauthier et les filles d'un côté, moi et ma troupe initiale de l'autre. On se dit qu'on va se revoir. Oui, on va se revoir, je le veux. Salut Mary Jane, salut Vera, salut Gauthier, salut amis d'un soir. Espoir ?

Je pense qu'un jour je devrais monter une chaîne de vodka-bars où les serveuses diraient "Je vous sers une vodka ?". Starbucks Vodka !




Porno Zero Moloko



Vendredi 14 février, vingt-trois heures vingt-quatre minutes et vingt-six secondes


Aujourd'hui, j'ai reçu un courrier du département du développement de l'emploi m'annonçant que je n'étais pas éligible à l'allocation chômage étant donné que je me suis barré de moi-même. Quand je pense que dans 20 ans, une maladie respiratoire va se déclarer chez moi, sans parler des cures de desintox que je devrai me taper chaque trimestre tout ça à cause d'un job minable que je me serai payé deux décennies plus tôt, ça me fout bien les boules de pas avoir ces pétasses d'allocs ! Dieu bénisse l'Amérique qu'ils disent. Ouais, super l'Amérique... Et les Américains, y a quelqu'un qui s'occupe de les bénir ? Et encore, je ne dois pas me plaindre parait-il, je suis un blanc issu des classes ouvrières moyennes de notre beau pays. J'aurais pu être noir, encore plus pauvre et cracké jusqu'à l'os à moelle.

Ces dernières 6 semaines, j'étais sur une sorte de petit nuage; c'est l'effet post nouvel an. Je me rends compte qu'on était tellement def' en se séparant qu'on ne s'est même pas échangé nos contacts avec Mary Jane et compagnie. Vraiment dommage. Mais qui sait si un jour je me retrouve à Vancouver ou à Boston, le hasard fera qu'on se croisera peut-être. Le hasard fait bien les choses parfois, non ?

Trêve de rêvasseries, je bouge dans le studio de Jay. Chez lui, pas de meubles hormis une table basse, un lit branlant, un frigo qui fait le bruit d'un V8, une vieille téloche qui marche quand le ciel n'est pas trop couvert et des tonnes de disques punk qui gisent çà et là. Jay est plutôt du genre à se foutre de tout. Je pense à cette phrase de Bukowski qui dit que le LSD est apparu en même temps que la télévision couleur.

Je me dis que Jay est apparu en même temps que la crise pétrolière et la montée du chômage. Tout est lié. Quant à moi, je suis apparu en 1972, le 30 janvier. Ce jour-là dans mon pays d'origine, il y a eu un massacre qu'on a appelé le "Bloody Sunday". En gros, tu avais le tyran avec une peau blanc de poulet, protestant à grandes oreilles appelé Anglais, qui en uniforme flambant neuf, mitraillette sur la hanche a dégommé du catho roux à gros bide vêtu de sacs à patates et de souliers en solde appelé Irlandais. Un vrai massacre dans les règles de la non-règle, 13 irlandais tombaient sous les balles quand un bébé americano-irlandais qui allait devenir un type sans avenir naissait. Je sais pas si c'est très équitable. Sinon en 72 le mouvement hippie est mort et y a juste ce connard de Nixon qui a rencontré ce connard de Mao, je crois. Super 1972, n'est-ce pas ? Quelle grande année merveilleuse pour l'Humanité. J'aurais préféré naître un 29 février... En 77 par exemple. Ah non merde c'est pas bissextile ! En plus le 30 janvier c'est pas une bonne date pour fêter un anniversaire, tout le monde est à sec.


- Ça te dit de mater un film porno mec ? J'en ai choppé un terrible avec des meufs trop bonnes ! me dit Jay tout content d'avoir trouvé enfin un truc à faire en décapsulant une Coors.
Oh putain, Jay a craqué là... Qu'y a-t-il de plus glauque que de mater un film de cul entre couilles ? C'est pire que de s'endormir raide la tête dans la cuvette des chiottes !
- Ouais stuveux, je lui réponds.

Et voilà, je viens de tomber dans le précipice interminable de l'ennui. Un gouffre sans fin vers la lose éternelle. Des filles avec 110 D qui se font baiser dans des positions dignes des meilleures gymnastes est-allemandes, des mecs costauds avec des têtes de Vin Diesel, bronzés et imberbes qui bandent pendant 2 heures et pilonnent comme des marteaux-piqueurs leurs partenaires qui finissent bouches ouvertes branlant les braquemarts et frôlant l'OD de sperme le tout sur une musique funky hyper cheap.

Le film s'appelle "Connecticut Slut".

Je me vide cette bouteille de Moloko et je m'écroule.



Vendredi 28 février, minuit sept et cinquante et une secondes


J'erre seul depuis quelques jours dans les rues de Portland. Bars, clubs, fast-foods, parcs, lavomatics, peep-shows, wagons de tram, tout y passe. Le jour et la nuit sont entrecoupés de brèves heures de sommeil dans mon studio.

Je me sens assez mal, toujours à ressasser les mêmes choses, à me sentir insatisfait.

Des milliers de gens sont heureux pourtant. Enfin, eux le pensent en tout cas. Ils travaillent, rentrent chez eux, mangent une tarte aux poireaux congelée qu'ils ont agrémentée de cheddar, d'une salade verte et d'une vinaigrette au miel et au balsamique. Une fois le lave-vaisselle en route, les couples choisissent dans leur catalogue Ikéa le prochain meuble pour la chambre de bébé ou bien encore la prochaine voiture qu'ils achèteront avant l'été. Une marque japonaise peut-être pour changer ? Il paraît qu'elles sont plus fiables que les américaines désormais.
Les célibataires eux, mangent des noodles à la crevette, celles qui se cuisent en 3 minutes puis se connectent sur les réseaux de rencontres internet (traduire par : sites porno) ou devant un match de base-ball sur ESPN avec leur pot de glace aux cookies de chez Ben & Jerry. D'autres, moins chanceux ont avalé quelques verres en guise de repas et tapent dans les calmants pour oublier leur journée de boulot. D'autres sont encore au boulot d'ailleurs.

On me reproche de me plaindre, d'être amer et fuyant. Mais je ne sais que survivre dans un monde au bord du chaos où les âmes perdues s'échouent de bars en dealers pour s'échapper et où d'autres âmes beaucoup moins paumées éteignent les phares pour faciliter notre naufrage.

En fait, même lorsque tu es hors du mouvement global, que tu n'as aucun crédit et pas d'abonnement au câble, tant que tu consommes, que ce soit un bourbon, des chips ou de la cocaïne, tu fais partie du système, tu enrichis ceux qui contrôlent la vie. Je me dis aussi que peut-être je serais plus heureux si je vivais loin de la ville, une vie plus calme, plus proche de la nature. Mais non, parce que j'aime trop les clubs, les lumières de la ville, le cri des ascenseurs, les parkings souterrains, les pilules, l’asphalte trempé, les filles en talons aiguilles, le son des sirènes qui retentissent à trois blocs, la dépressurisation des portes automatiques, les passages à niveaux, les gratte-ciels qui s'allument au crépuscule, les escalators qui grincent, me fondre dans la foule et m'y sentir en sécurité, seul et entouré à la fois. J'aime aussi entendre mes voisins s'engueuler parce que monsieur n'a pas étendu le linge.

Quand on n’a pas de vie, on se raccroche à celle des autres.

Avenues parallèles et rues transversales se dressent devant moi comme un appel à l'errance.
Je traîne en laissant le hasard faire son travail, c'est-à-dire m'amener vers un escalier qui soit m'élèvera vers des cieux plus cléments, soit au contraire me fera descendre dans je ne sais quelle cave sans nom. Au bout du Steel Bridge je prends Everett Street et je tombe sur le Quartz Garden, un bar club assez huppé mais avec 22 sortes de vodkas différentes et concrètement, j'ai vraiment envie de boire autre chose que de la Skyy et goûter à des vodkas polonaises et suédoises.

Je reconnais ''Ashes To Ashes'' de Bowie quand je pénètre dans le lieu, grande salle à l'architecture minimaliste. Le Quartz Garden touche à tout, entre sushi bar, lounge, et rade de quartier, programmation glam rock pailletée, easy listenning nocturne, pop bisexuelle et techno homo.

Je n'ai appelé personne ce soir, je vais me la faire en solo, ne rien avoir à partager ni à dire.
Je commande une sélection de 6 vodkas et je m'installe à une table en observant les gens du vendredi. Je crois que je préfère les gens du vendredi à ceux du samedi. Ceux qui sortent le vendredi ont tout compris à l'esprit de la fête. Le samedi tu sors parce que tu dois sortir, le vendredi, tu sors parce que tu veux sortir. Le mieux étant à mon avis d'enchaîner non-stop les deux jours et de se caler le dimanche après le lever du soleil.
Je m'enfile mes vodkas comme un môme s'enverrait son lait fraise et je sors prendre l'air devant le bar et m'allumer une Kent.

Blotti dans mon sweat, le bonnet vissé sur la tête je tremblote en tirant sur mon mégot et il y a cette fille qui commence à me parler.

Elle s'appelle Gayle et son regard perçant me laisse croire que mes nuits devrait être désormais différentes. Je veux y croire.



Sans feu


Jeudi 13 mars, minuit quarante-sept minutes et douze secondes

Et merde ! J'ai plus de feu.

 Il ne manquait plus que ça. Être là, debout sous la bruine qui traverse le plus épais des blousons, à se geler les miches... Il ne me reste plus rien à attendre, et pourtant j'attends. Toute ma foutue vie, j'ai attendu et je continue d'attendre.

Dis-moi que je suis idiot, je crois que je répondrais par l'affirmative. Je suis idiot. "The Idiot", comme le titre de l'album d'Iggy Pop que Ian Curtis a écouté juste avant son suicide.

Je me fais tout sucrer, chaque jour, je perds quelque chose, mon temps, mes cheveux, mes allocs, une fille, mon feu... Je perds même du poids !

Gayle que j'ai rencontrée il y a quinze jours ne peut pas me voir, elle voudrait, mais elle ne peut pas. Ne pas pouvoir, c'est sûrement le sentiment le plus horrible... Ne pas pouvoir sortir, ne pas pouvoir payer ses factures alors qu'on ne veut pas les payer mais qu'on doit les payer, ne pas pouvoir bander au moment où il faudrait bander, ne pas pouvoir pleurer, ne pas pouvoir allumer sa clope alors qu'on a une putain d’envie de fumer. Nick m'a dit "Ne reste pas là mec, tu ne peux plus rester là."

Voilà encore une question de pouvoir... Bah justement, je ne peux plus rester là, il a raison, mais je ne peux pas partir non plus.

Je rêve de rails, de routes et de nuages, je rêve de caresses dans la pénombre, de Lexomil, d'un Classic Triple with Cheese de chez Wendy's, d'une armée de néons ultraviolets, d'une bouteille de Morgon millésimé à moitié vide ou à moitié pleine, c'est selon.
Ah oui : je rêve d'avoir du feu et je rêve aussi de Gayle, mais je ne sais pas si j'ai le droit, en fait.
 Il y a ce vieux morceau de Depeche Mode qui sort d'une fenêtre, "Never Let Me Down Again", je me demande s’il y a un couple qui est en train de jouir en ce moment à l'écoute de ce titre, mais je n'entends rien d'autre que la musique. Ça se trouve, ça joue chez un pauvre loser comme Jay qui est en train de cuver sa peine ou qui pratique l'art quasi-martial de la masturbation avec ses pieds.

Le dernier tram de la MAX vient de passer, je crois que je ne l'ai même pas entendu arriver, encore moins entendu repartir. Je devais monter dedans. Je suis grave à l'ouest de l'ouest là. Le quartier est plus désert qu'un bled de l'Arkansas un jour d'ouragan. Sauf qu'il n'y a pas d'ouragan... À part peut-être dans mon cœur.

 Ce week-end, je vais à Eureka voir ma soeur Bridget, Sean son mari, ainsi que Mikki, Samhna et Sadbh mes trois nièces... À tous les coups, les filles vont faire un monstrueux remue-ménage pour ma venue, à danser comme des déjantées sur les Pogues, Brid va me remonter le moral avec un crumble maison accompagné de quelques litres de la délicieuse crème anglaise de Sean qui s'empressera de déboucher un Isley 30 ans d'âge pour se finir en beauté. Ça me remontera effectivement le moral, oui, encore faudrait-il qu'ils aient du feu.

 En attendant, mes vieilles All-Stars ressemblent à deux éponges pourries, mes pieds clapotent dedans, j'ai encore plus froid, je pense même à me réchauffer les mains contre les voyants des feux rouges... J'arrive à Rockwood, encore quelques kilomètres pour rejoindre le centre, j'espère que je ne vais pas me perdre... Je crois que je dois prendre la 181ème Est et continuer à marcher tout droit. Tiens, des énormes affiches des Dandy Warhols ! Les superstars locales sont de retour en ville et jouent au Roseland Theater. Encore un concert hors de prix pour des rockers à maman ! Peut-être que j'aurais dû rester sur les rails de la MAX en fait.

Cette ville me fait chier ! Mais qu'est-ce que je suis venu foutre à Portland ? Moi, qui rêve de vivre en France, dans une ville au nom magique comme Paris, Toulouse, Nantes ou Grenoble (j'adore prononcer ce nom : Gre-No-Ble, comme Miss Kittin dans son remix de Zombie Nation).

Ça m'arrive d'aller zoner chez mes potes Rodney, Prune et Andy à Seattle ou de partir quelques jours dans les forêts immenses de l'Oregon avec Nick et Jay dans sa vieille Plymouth déglinguée à se nourrir de ce que l'on trouve entre deux décoctions de LSA mais dès que je reviens sur Portland, l'ennui revient avec la descente.

 Je suis un trafiquant d'ennui, je cultive l'ennui jusqu'à n'en plus finir. À n'en plus finir comme cette saloperie de 181ème rue !

Si j'ai de la chance, j'atteindrai Gateway et je tâcherai de m'endormir recroquevillé dans un phonebooth, sinon je m'écroulerai avant, la gueule dans une flaque d'eau boueuse, et le corps en vrac avec pour seuls êtres s'inquiétant de mon sort, les rats du bloc qui seront à l'affût de l'emballage de Woo-Wee au chocolat, caramel et café d'Hawaii qui dort depuis quelques semaines dans la poche intérieure de mon blase. C'est un coup à chopper une sale maladie ça !

Là, tout de suite, j'ai envie de chialer, mais je ravale mes larmes parce que je suis déjà assez trempé comme ça. Faut pas déconner non plus !

A la réflexion, je devrais peut-être chialer un bon coup parce que j'ai toujours pas trouvé de FEU !!!!

 Enfin la 172ème Est !!! Je vois un panneau publicitaire pour une marque de cosmétiques de Tokyo, signe du destin, la fille qui pose ressemble un peu trop à Gayle... Est-ce la fatigue, le désespoir ou est-ce une simple coïncidence ?

Je sursaute ! Alors que je restai à rêvasser de Gayle, un bruit de carton sur le bord de l'avenue : un foutu junkie clodo qui porte un vieux Starter des Raiders bien usé à l'époque où ils jouaient encore à Los Angeles m'interpelle

- Hey !!! Ça va, ça mouille pas trop ? dit le junk défoncé et mort de rire.

- T'as pas du feu ? je lui dis.

- T'as pas un mégot ? il me répond.

Ni une, ni deux, je sors mon paquet de Kent et viens m'abriter auprès du pauvre type.
- C'est quoi ton nom ? Et t'aurais pas des Parliament plutôt ? qu'il me dit.
- J'm'appelle Stuart, mais tout le monde m'appelle Stew, et désolé, mais j'ai que des Kent, j'suis pas un vendeur de clopes je réponds en lui en tendant une. Et là le gazier sort une boîte d'allumettes trempées avec à l'intérieur, un tas d'allumettes, de quoi construire une maquette du Ross Island Bridge !!!

Ma nuit commencerait-elle à bien tourner ? Un énorme sentiment de soulagement m'empare, et je regarde mon nouvel ami sous crack mais je commence à déchanter rapidement en m'apercevant que toutes ces putains d'allumettes sont non seulement trempées mais aussi déjà cramées !!!! SAUF UNE !

- Elle est bonne hein ? me dit-il en me montrant la fille sur l'affiche. Je pensais qu'il parlait de l'allumette.
Là je crois que je suis maudit...je pense : ce con dirait la même chose s’il voyait Gayle, J'ai envie de lui en décocher une mais je ravale ma fierté parce que mon envie de fumer est plus forte que ma fierté à cet instant précis,

- Tu veux pas que je l'allume ? je dis au drogué.

- Nan ! me répond-il nerveusement. Ses doigts tremblent, il approche doucement de la boîte la seule allumette intacte, il craque la tête contre le grattoir une fois, deux fois et à la troisième : le FEU !


A ce moment-là, tout s'écroule dans ma vie : cet espèce d'enculé a perdu le contrôle de ses doigts et j'ai vu l'allumette tomber sur le bitume dans une flaque.
Je me relève, enragé et je donne un grand coup de converse trempée dans la tronche de ce salopard et je me barre en vitesse. Je hais les gens de la rue.
Là, je crois que j'ai chialé en courant. Je ne sais plus trop jusqu'où j'ai couru.
Les lumières blafardes se défilent, je suis un dealer d'ennui qui court vers nulle part et qui cultive l'ennui mais aussi les ennuis. Ma vie ne tient qu'à une flamme de briquet. Je m'arrache le coeur à courir de la sorte, moi, Stuart Connelly, sans travail, sans but, sans fortune, sans pectoraux, accroc à l'amour, aspirant à une vie différente, à un rayon de soleil, à un peu de feu pour ma clope si possible et surtout, oui, surtout, à un instant privilégié avec Elle.
Aller jusqu'à la côte, embrasser son cou avec la douceur la plus extrême, sentir ses cheveux qui battent à la brise et qui fouettent mes yeux, la sentir, là, tout contre moi, blottie. S'enlacer, s'échanger nos chaleurs corporelles, degrés après degrés, regarder le crépuscule dans ses yeux, s'étreindre, retourner vite dans sa Volkswagen quand le froid nocturne devient trop pinçant, rabattre les sièges arrière et se caler l'un contre l'autre avec vue sur le Pacifique Nord, un CD de New Order tournant dans l'autoradio. Gayle me sourit. Et puis...

Je rêve...

...Je rêve de rails.


Réveil-enclume par l'avertisseur surpuissant d'un tram de la MAX alors que j'ai la tête sur les rails.

Il y a quelques badauds en costume-cravate qui m'observent. Heureusement c'est à la sortie de la station Gateway. Il est 4h57.

Je l'avais bien dit que j'atteindrai au moins Gateway

.Au final, j'ai pas pu fumer une clope de la nuit, Gayle ne m'est pas sorti de la tête ni du coeur, j'ai choppé une pneumonie et j'ai des énormes courbatures...
Jusqu'ici, je ne croyais pas à la malédiction mais... Je crois bien que c'est Gayle qui a mon feu !



Nightclubbing à outrance.


Jeudi 13 mars, dix-sept heures trente-trois minutes et dix-huit secondes

- Stew ?

J'entends mon prénom.

Jeudi 13 mars, dix-huit heures trente-trois minutes et dix-huit secondes


J'ai la tête en Jelly, mes yeux globuleux tentent de s'ouvrir difficilement. Je suis là, assis devant cette table orange, à comater lourdement. Debbie m'explique que j'ai sonné chez elle vers six heures du mat' et qu'elle m'a récupéré dans un état catastrophique. Elle a mis l'album ''Isn't Anything'' de My Bloody Valentine, rien de plus joyeux pour un réveil tragique et douloureux.
La nuit tombe. Encore une journée où je n'ai pas vu le soleil. Allez savoir pourquoi j'ai sonné chez Debbie, une non-fumeuse qui a des plaques à induction chez elle, pas de bougies et rien qui sert à allumer une clope ! Sûrement parce que dans un élan de lucidité, je me suis souvenu qu'elle habitait juste à deux rues de la station Gateway.

Deb me sert une assiette de Baked Beanz aux saucisses.

- T'as pas autre chose que de la bouffe anglaise ?

avant d'ajouter gêné :

- Excuse-moi Debbie, merci pour ce que tu fais pour moi


Debbie, 27 ans, une vieille amie, qui revient d'Afrique Du Sud après avoir passé une année à Londres. Elle s'est complètement anglicisée ! Un vrai sujet de Sa Majesté, à ses yeux, tout ce qui vient d'Angleterre, c'est ce qui se fait de mieux ! Le morceau ''Nothing Much To Lose'' des My Bloody Valentine passe... Je replonge un peu dans ma détresse de la nuit dernière. Il faut que je bouge !

Debbie, comme une maman de substitution, a lavé mes fringues et mes converses qui sortent du sèche-linge. Le tout amidonné, repassé et chaud. Je me demande pourquoi je ne suis pas attiré par une fille ''normale'' comme Debbie... Sûrement parce que je n'ai pas envie d'avoir une maman.

Je la remercie, la serre dans mes bras et quitte son loft de 110m² en prenant l'escalier.

La rue, direction Downtown, sur le chemin, je rentre dans une épicerie, j'achète un briquet et deux paquets de Kent. Bizarrement, je n'ai pas envie de fumer ! Le monde est mal foutu quand même ! Les Baked Beans font de la résistance dans mon ventre, je me demande pourquoi j'ai fini mon assiette.

Je dois aller au Massive pour récupérer mon mobile que j'ai oublié là-bas mardi dernier. Le Massive est un immense bar techno avec des Djs qui viennent d'un peu partout dans le monde, là, en l'occurrence, c'est une star berlinoise : Miss VRNK.

Une beauté toute européenne qui joue une sorte de techno hybride hyper mentale, le bar est blindé, il y a une queue énorme dehors...

Heureusement, j'ai mes entrées ici comme dans beaucoup de spots de la nightlife de la ville.

 Je fais signe à Allessandro, le physio du bar qui me fait esquiver toute la foule de hypeux et me voilà dans l'antre.

J'arrive au comptoir, je fais un signe à Melly.

-Hey Stew !!! Ça va mon poulet ? Tu arrives en retard Chéri, Gayle vient juste de partir ! dit-elle en me faisant la bise.

Merde ! Gayle... Elle aura réussi à sortir de ma tête quelques heures.

- Ah OK  je dis décontenancé. Dis, c'est toi qui a mon mobile ?

- Ouais bouge pas je te le ramène. Ça n'a pas l'air d'aller toi ? elle me dit.

- Si ça va, juste un peu crevé, mal dormi

J'observe Miss VRNK. Elle se démène derrière ses platines et tient son public en haleine, c'est la première fois qu'elle joue aux États Unis, mais ses derniers maxis ont vachement tournés ici dans les clubs. Y a pas à chier, elle a quelque chose cette fille-là.
Melly me ramène mon phone. Déchargé. Et merde, mon chargeur est dans mon studio.
Tiens, d'ailleurs, ça fait combien de temps que j'ai pas foutu les pieds chez moi ? J'en sais rien...Cinq ou six jours sans doute. Peut-être huit.

Melly me sert une vodka-champagne-pisang. Je me dis que Gayle a dû en boire une il y a moins d'une demi-heure, peut-être assise sur ce même tabouret.

Je ne sais pas ce que je vais faire cette nuit. Avec qui je vais bouger ?

Rien à faire je suis complètement blasé. Je reprends un autre verre, puis un troisième, puis je quitte le Massive, laissant derrière moi toute la faune fanatique de la djette Berlinoise.

 Je prends la direction du Dominion, un grand complexe de 4 salles situé à l'est de Downtown. Il y a "The Small Factory" une salle Pop et Madchester, un peu une copie de l'Hacienda de Manchester, "The Steel Room" une salle techno, hardcore et industrielle avec un public fetish et gothic, "The Circus" une salle alternative où rock et hip hop croisent le fer et enfin la plus grande salle "The Dome" qui accueille des lives et des Djs reconnus. Ce soir, la salle accueille Junkie XL, les Lords Of Acid qui se sont reformés et des performers de la Tokyo Decadance USA.

La jauge des 8000 personnes est explosée comme à chaque gros évènement du Dominion. J'ai la chance de croiser Kether, le nightclubber le plus connu de la ville, avec lui, tu rentres partout, les plus jolies filles de la ville le connaissent, et du coup te parlent... Tu ne payes pas tes verres... Kether est LE multipass de la nuit à Portland. Mais c'est surtout un type vraiment cool, il a toujours été cool avec moi, et j'aime bien le suivre dans ses trips.
L'ambiance est survoltée, le lightshow est énorme, ça fuse de partout, 20 caissons de basses gros comme des hummers, 122 satellites, 18 écrans plasma, 1 VJ par écran, 9 bars, dont un bar à champagne, l'un des meilleurs système son de la côte ouest, bienvenue au Dominion !
Je prends le couloir qui me mène à "The Small Factory" idéal pour démarrer la soirée dans cette salle dédiée à la scène de Manchester des années 80 et 90. Carter USM passe à pleine balle, joué par un Dj mancunien qui a réussi une belle reconversion en arrivant à Portland alors qu'il était devenu has-been dans sa ville natale.

Kether me rapporte une vodka au jus de pastèque, putain, ce type a vraiment du goût : apporte-moi une vodka et je te suis redevable à vie. Nous voilà en train de danser sur les tubes d'une époque révolue mais dans laquelle tout une génération de post-trentenaires qui refusent de vieillir se retrouve. Happy Mondays, Jesus Jones, Primal Scream, Stone Roses... J'aurais aimé être de Manchester, UK. Je m'évade, je suis un danseur qui perd le contrôle, je ferme les yeux, le son m'envahit...

- Hey Stew ! Les XL vont commencer ! me dit Kether surexcité.

Le Dominion est un vrai labyrinthe, mais avec Kether, toujours dans les bons plans, on passe à l'arrière d'un des bars et nous descendons des marches pour nous retrouver dans les sous-sols du club, réservés au personnel bien entendu, là nous croisons des techniciens qui nous payent une trace et nous remontons par un autre escalier et nous retrouvons au bar à Champagne du "Dome" juste à gauche de la scène !

Junkie XL démarre le show, un big beat enlevé, très anglais mais qui fait l'unanimité dans la salle surtout lorsqu'ils jouent leur remix d'Elvis.

Je reste collé au bar à Champ', Kether a réussi à avoir une bouteille de Veuve Clicquot Ponsardin, vu qu'il sort plus ou moins avec la chef barmaid, bien qu'aucune fille ne sorte officiellement avec Kether. Ce type m'épatera toujours.

 J'enchaîne coupe sur coupe, je suis un alcoolique. Un alcoolique mondain, gavé à la C, aux X, au LSD et à la MD (Y a de quoi faire un mot compte triple au Scrabble Moldave avec ces lettres tu crois ?) et à tout ce qui peut me faire oublier que je vis dans une époque où tout va trop vite, où je ne suis pas dans le rang, où je suis un loser pour les autorités, et peut-être même pour ces arrachés qui me matent en passant devant moi...
Un loser qui boit du vrai Champagne Français, et le plus cher vendu au club qui plus est ! Et j'les emmerde !

Comme me disait Sats, une copine grunge de Seattle qui traînait avec le crew Sub Pop à la grande époque, qui a connu Kurt Cobain et aurait eu une aventure avec Jeff Ament "Ta vie pourrie, c'est toujours mieux que les vies aseptisées à 2 cents, vies gerbantes de condescendance d'une grande majorité de nos millions de concitoyens. Citoyens, mais surtout cons !"

Une pensée de hippie de Seattle ! De toutes manières, les grunges sont des foutus hippies, mais sa phrase, même si je n'en ai pas vraiment saisi le sens entre deux taffes de son 3 feuilles m'a fait plaisir.

Waaah ! Le public a une putain de classe ce soir, les fans de Lords Of Acid ont quand même une sacrée touche, il y a quelque milliers de talons aiguilles qui martèlent le dancefloor, des mecs bodybuildés dont les formes mouvantes se saccadent au rythme des strobos, des culs rebondis moulés dans du latex, des poitrines qui débordent, des transsexuelles extasiées, des freaks implantés, des étudiantes clones de Deborah Ostrega ou de Ruth McArdle, des punks fashions qui sortent leurs cartes de crédit pour payer leur bouteilles de vodka...

Le concert de Junkie XL se termine dans l'euphorie générale, et Sin, le DJ résident du Dome balance "Out Of Control" des Chemical Brothers avec Bernie Sumner des New Order au chant, ça envoie du bois et le public ne demande que ça ce soir : s'en prendre plein les oreilles, s'en mettre plein la gueule et plein les narines. Kether rapplique avec deux bombes à chaque bras : Oksana, un top model fetish moscovite au visage glacial et à la silhouette longiligne, et Stacy Ann...

Comment la décrire ? Prends le corps le plus sexy, le plus beau visage, le cul le plus excitant, le regard le plus ensorcelant, les jambes les plus longues...et la plus belle bite du monde, et tu as Stacy Ann !

Tous les types bavent sur elle, mais elle, son kiff, c'est les filles, celles qui n'ont pas de queue ! Et sa proie du moment, c'est Oksana.

Elles me claquent un smack et Stacy sort un sachet rempli d'ecstasy, elle me tend le sachet et j'en prends deux que j'ingurgite direct avec une gorgée de Champagne. Nous discutons du son, de l'ambiance et surtout de notre excitation à enfin voir Lords Of Acid !!!

On va au fumoir s'en griller une ! Putain !!!! J'ai envie de fumer, j'ai des clopes, du feu, et un endroit pour fumer, l'alcool commence à bien faire effet, les X montent gentiment, la C est là...Tout est en œuvre pour que je puisse oublier Gayle qui elle n'a sûrement pas besoin de tout ça pour m'oublier.

Je la grille cette clope dans le fumoir de 100 m² qui bien qu'équipé d'une ventilation surpuissante est aussi enfumé qu'un volcan après une éruption ! Tu fumes pour 4 dans cette saloperie de pièce mec... Cette clope me fait penser à ma nuit précédente, pourquoi tout est tellement accessible parfois ?

On entend les premières notes de "Scroo-Bi-U" des Lords et nous voilà à speeder juste devant la scène. Les Seigneurs de l'Acide sont là, le show démarre fort, des performeuses en cuissardes assaillent les flancs de la scène, je me retrouve aux côtés d'Absynth, une déesse black très connue dans le clubbing ici, elle est accompagnée d'Anna, à elles deux elles forment le duo star des week-ends supersoniques de Portland. Anna est le genre de fille qui m'a toujours impressionné tandis que d'habitude, c'est manifestement moi qui impressionne les autres. En fait le genre de fille avec qui je me verrais bien aller, mais jamais je n'oserai quoi que ce soit avec elle, ma timidité ne pouvant être difficilement combattue qu'à coup de fortes doses de MD. Aussi, je reste à la regarder danser comme si c'était son dernier soir, ses cheveux immensément longs ondulant à la suite de chaque coups de hanches qu'elle donne m'offre un spectacle bien plus démentiel qu'un live de Lords Of Acid. Faut vraiment que j'arrête de la fixer sinon elle va me griller. Ne la fixe pas Stew, si cette fille te voulait elle t'aurait déjà attrapé. Je me reconcentre vaguement sur le show et je finis par rentrer dedans pour de bon. Tous les hits que je kiffe y passent ! Pas souvenir d'avoir vu les freaks de la nuit made in Portland une seule fois aussi à fond que ça !
Absynth me fait un clin d'œil, elle aussi sait qu'on est en train de vivre un grand moment. Elle s'approche, tend sa langue reptilienne où m'attend à l'extrémité un buvard. Nos deux langues se lient le temps de l'ingurgitation. Deuxième clin d'œil.

Le LSD monte et je réinvente le divin, je vois en moi, je vois Anna qui devient le monde. Un monde kaléidoscopique, illogique, allergique, despotique, esthétique, unique. Je vois les Lords Of Acid devenant mes sujets, je vois leurs ondes sonores et j'entends leurs couleurs. Polarités inversées, baisers fantasmagoriques, étreintes déroutantes, j'ai tout oublié de la réalité pour enfin trouver un monde à ma mesure, celle de la démesure. J'entends les battements de mes 3 cœurs – un pour respirer, un pour aimer et un de rechange au cas où l'un des deux premiers viendrait à claquer – qui créent une ode tribale déroutante mais tellement tripante. Absynth renaît en reine de Saba, j'ai perdu tout le monde hormis Anna et Absynth, mon seul lien avec la vie réelle. Le lien entre la mort et la vie.

Love Sex Dementia. Je veux devenir le phallus qui baisera sans retenue, je veux régner avec Anna et Absynth sur notre univers lubrique. Planète fertile où coulent des fleuves de sperme, où sévissent des océans de cyprine, où les Monts de Venus dominent les hautes sphères, où les fleurs sont des vulves et les arbres des pénis.

Who are you ? I Am X.

Je suis Stew. Je suis en vie.


Je suis défoncé.



Sables mouvants


Samedi 15 mars, dix-sept heures quarante-deux minutes et seize secondes

 Sonnerie affreuse.


Je me réveille en sursaut.

- Hi Bro, c'est ta sœur en ligne ! Je peux savoir pourquoi tu n'es pas à l'aéroport d'Arcata ?
- Mmmh ? Oh Brid, j'suis désolé. Je dis la voix complètement éraillée.
- Les filles vont vraiment être tristes, qu'est ce que je vais leur dire ?
- Excuse-moi Brid, vraiment... Dis leur que...je sais pas...que je suis malade ?
- Tu abuses quand même ! C'est ta famille, tu pourrais faire des efforts pour nous de temps en temps !

- Je sais. Pardonne-moi.

- Si le week-end prochain, tu n'es pas à Eureka, on vient te chercher et on te tire par la peau des fesses !


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