Excerpt for L'évolution de la représentativité de la figure bouddhique de Jizô, de l'époque Heian à l'époque Muromachi 03 suite by Gengis Mey, available in its entirety at Smashwords


 

Chapitre 2 : La catégorisation en trois genres des représentations de Jizô : les « représentations funéraires », les « représentations cultuelles » et les « représentations funéraires cultuelles »


Avant même de pouvoir passer à l'étude même de ces différentes représentations de Jizô, il me semble est très important de définir ce que nous entendons sous les termes de : « représentation funéraire », « représentations cultuelles » et « représentations funéraires cultuelles », et justifier pourquoi nous optons pour cette catégorisation des représentations du bodhisattva.

Nous entendons sous le terme de : « représentation funéraire », les représentations qui au sein d'un cimetière sont des marqueurs de tombes, représentations qui ont un rôle commémoratif de la mort d'un enfant. Nous entendons sous le terme de : « représentations cultuelles », les représentations qui au sein d'un temple ont un rôle honorifique envers le bodhisattva. Et l'on entend sous le terme de : « représentations funéraires cultuelles », les représentations qui ont tout comme les représentations cultuelles un rôle honorifique envers Jizô mais qui trouve dans l'enceinte d'un cimetière.

Si nous optons pour cette catégorisation des représentations du bodhisattva, ce n'est bien entendu pas un hasard. Notre découpage, comme nous le soulignons dans notre définition des termes « représentations funéraires », « représentations cultuelles » et « représentations funéraires cultuelles », tient en compte du rôle et la localisation des différentes représentations. Mais ce n'est pas tout, ce choix de catégorisation, comme nous allons le montrer dans notre dossier, repose également sur une différenciation de la typologie et du symbolisme utilisé par ces trois groupes de représentations de Jizô. Dans notre catégorisation si l'esthétisme des statues n'est pas pris en compte, c'est parce que nous estimons que si l'on tient compte de ce critère, chaque représentation est une unique et ne peut donc être catégorisé. Même si cela sort du cadre de notre étude, pour ce qui est des représentations en pierre de Jizô que l'on retrouve sur le bord des routes japonaises, il faudrait selon nous les catégoriser dans une quatrième catégorie car ayant un rôle et une localisation très spécifique ; catégorie que l'on pourrait nommer : « les représentations des chemins ».

Comme nous l'avons expliqué dans le chapitre précédent, Jizô est en charge d'aider les êtres vivants dans les six voies de transmigration. C'est selon cette croyance que l'on retrouve au Japon une série de six représentations où chacune d'entre elles est dédiée à l'une des six voies de transmigration : roku jizô 六地蔵1.


Fig. 1 : Roku Jizô, période d'Edo, bronze, temple du Zenkoji 善光寺, Nagano


Précisons, par ailleurs, qu'il n'y a pas la présence d'une série de roku jizô dans le cimetière de l'Oku no in du Mont Kôya. La figure de Jizô que l'on rencontre le plus est la représentation du bodhisattva qui se tient debout et droit, ayant dans la paume de sa main gauche un joyau et qui tient dans sa main droite une grande canne sur laquelle il semble légèrement s'appuyer dessus. Il est important de préciser ici que ce type de représentation de Jizô est celui que l'on rencontre le plus parmi le corpus des représentations du bodhisattva qu'il nous reste aujourd'hui2. C'est pourquoi nous définissons cette figure comme : le type iconographique « standard » de Jizô, et nous l'utiliserons comme figure de base lors de nos différentes comparaisons dans notre dossier.

Étudions à présent en détail ce type de figure de Jizô dans les trois catégories que nous avons établi précédemment qui sont les « représentations funéraires », « représentations cultuelles » et « représentations funéraires cultuelles » pour voir les points communs et les différences qu'il peut exister dans la typologie et la symbolique de chacune de ces trois catégories. Pour cela nous avons sélectionné trois représentations, une pour chacune des trois catégories, qui sont toutes des figures du type iconographique « standard » du bodhisattva. De plus, lors de notre sélection nous avons tenu compte de certains autres critères que nous exposerons lors de la présentation de chaque représentation.

La représentation funéraire de type iconographique « standard » de Jizô que nous avons sélectionnée est une représentation du cimetière de l'Oku no in du Mont Kôya. Son état de conservation étant très bon et le cliché que nous disposons nous permettant de bien voir les détails la représentation, font que nous avons sélectionné cette figure pour la catégorie des représentations funéraires ( voir Fig. 2 ).


Fig. 2 : Jizô, période inconnue, granit, cimetière de l'Oku no in du Mont Kôya, Mont Kôya


La représentation cultuelle de type iconographique « standard » du bodhisattva que nous avons sélectionné est la représentation de Jizô qui se trouve dans le Tôdai-ji東大寺de Nara. Il s'agit d'une représentation qui date du XIIIème siècle et qui se trouve dans l'un des temples les plus connus au Japon construits en 752. De plus, il s'agit d'une sculpture du moine Kaikei3 快慶1183–1236 qui l'un des sculpteurs japonais a avoir aidé à établir le modèle traditionnel de la sculpture bouddhique durant la première moitié de l'époque de Kamakura ( 1185 - 1333 ). Cette statue est également classée comme jûyô bunka zai重要文化, bien culturel très important ( Important Cultural Properties en anglais ). S'ajoutant à tout cela cette représentation étant d'origine, nous l'avons donc sélectionné pour la catégorie des représentations cultuelles4 ( voir Fig. 3 ).


Fig. 3 : Jizô, époque Kamakura, bois, 89,8 cm, Kaikei, temple du Tôdai-ji東大寺, Nara


Enfin la représentation funéraire cultuelle de type iconographique « standard » que nous avons sélectionné se trouve-t-elle aussi dans le cimetière de l'Oku no in du Mont Kôya. C'est également son très bon état de conservation et le cliché que nous disposons qui nous permettent de bien voir les détails la représentation qui fait que nous l'avons sélectionné pour la catégorie des représentations funéraires cultuelles ( voir Fig. 4 ).


Fig. 4 : Jizô, époque inconnue, bronze, cimetière de l'Oku no in du Mont Kôya, Mont Kôya


Comme nous pouvons le voir, ces trois représentations de Jizô ont une posture identique les unes par rapport aux autres, c'est-à-dire qu'elles se tiennent toute debout et droites, respectant bien la posture de la figure de type iconographique « standard ». On nomme ce type de représentation : ritsuzô 立像5, représentation debout. Pour ce qui est de la longue canne6, on peut voir que la main droite la tient fermement, et que celle-ci est plus grande que les représentations. Elle est surmontée d'une partie métallique qui possède plusieurs anneaux. Ce bâton est une canne de pèlerin qui se nomme : sakujô ou shakujô 錫杖7. Il s'agit d'une dans la réalité d'une longue canne faite en bois, surmonté par une partie en métal avec des anneaux également en métal. Il existe une très grande variété de formes pour cette partie en métal. Quant aux anneaux, ceux-ci sont également répartis en deux groupes. Par ailleurs, le détail très important auquel il faut faire attention sur un shakujô est le nombre d'anneaux que ce dernier possède. Il existe trois variantes possibles qui concernent le nombre d'anneaux disposé, chacune de ces variantes a un sens bien précis. La première variante est celle d'un shakujô a quatre anneaux : les quatre anneaux symbolisent les Quatre Vérités8, il est réservé aux pèlerins et aux prêtres ; la deuxième variante est celle d'un shakujô a six anneaux : les six anneaux symbolisent les Six Perfections9, il est réservé aux Êtres d'Éveil ; et troisièmes variantes est celle d'un shakujô a douze anneaux : les douze anneaux symbolisent représente la chaîne de cause à effet10, il est réservé aux Être Éveillé.

Les anneaux du shakujô qui s’entrechoquent lorsque l'on marche émettent un son qui avertit tous les êtres vivants ce trouvant dans les parages de l'arrivée d'une personne qui possède le dharma, en japonais : la loi bouddhique. Mais si Jizô est représenté avec un shakujô dans sa main droite dans ce type iconographique « standard », c'est parce que le shakujô est également d'écrit comme un objet qui possède la capacité magique de repousser les démons. Cet objet symbolise plus particulièrement la bienveillance de Jizô lorsqu'il est présent sur ses représentations11, car l'utilisant pour protéger les âmes des divers dangers qui se trouvent dans le monde de « l'après-mort ».

Notons que pour chacune de ces trois représentations, le shakujô ne fait pas « un avec la main », il s'agit à chaque fois d'un objet qui est rajouté dans la main de la représentation. Cela est bien visible sur la représentation de Jizô du Tôdai-ji ( voir Fig. 3 ) qui ne dispose pas de shakujô sur le cliché, mais à sa main positionnée comme si elle en tenait un. Il existe par ailleurs d'autres clichés de cette représentation Tôdai-ji où celle-ci tient un shakujô. Dans ce cas de figure, l'attribut est entièrement en métal. Mais parfois, certaines représentations funéraires possèdent un shakujô qui ne fait qu'un avec la main de la sculpture. Dans ce cas, il est fait dans le même matériau que la statue, c'est-à-dire en granit.

A présent, analysons le joyau qui se trouve dan la main gauche de chacune des représentations. Ce joyau se nomme : nyoi ju 如意ou nyoi hôju如意宝珠12. Celui-ci est de forme sphérique, se finissant légèrement en pointe. Il symbolise la vérité du Bouddha et la véracité du dharma. Au niveau de la partie supérieure du joyau se trouvent parfois trois striures très proches qui symbolisent les Trois Joyaux du bouddhisme : le dharma, le sangha ( la communauté bouddhique ) et le Bouddha. On peut également trouver des nyoi ju qui sont surmontés de trois flammes qui partent de la base du joyau, le découpant en trois parties parfaitement égales avant de se rejoindre au sommet du joyau, qui symbolise également les Trois Joyaux du bouddhisme. On également trouver des nyoi ju sans flammes ou sans striures. Le nyoi ju dans le bouddhisme possède le pouvoir d'exaucer les vœux des êtres vivants13, mais c'est la seconde capacité de ce joyau qui explique pourquoi on le retrouve représenté dans le type iconographique « standard » de Jizô : le nyoi ju est un joyau si pur que la lumière qui s'en dégage est capable d'éclairer les enfers, repoussant les démons.

Plus précisément, le nyoi ju tout comme le shakujô peut être un élément ajouté à la représentation, mais il peut également faire « un avec la main ». Dans ce cas de figure, le joyau est taillé dans le creux même de la main gauche représentation, et donc dans ce cas-là il est également fait de la même matière que la statue. On note également qu'il peut être peint en dorée.

En ce qui concerne les vêtements que portent ces trois représentations de Jizô, on remarque que celles-ci portent une robe de moine, et que cette robe est pas la même pour les trois représentations ; la représentation cultuelle du Tôdai-ji ( voir Fig. 3 ) peint nous permet de mieux voir que pour ce qui est de cette robe, il s'agit d'une robe qui est en fait une robe que porte les moines des différents courants bouddhiques ésotériques tout comme la secte Shingon et Tendai, alors que les autres représentations de bodhisattva au de bouddha au Japon portent des robes ou des habits indien ou chinois. Il faut préciser qu'il existe une unique représentation de Jizô qui porte armure chinoise : il s'agit de l'unique représentation du Jizô guerrier14.

Pour ce qui est de la représentation du corps du bodhisattva, on remarque que celui-ci porte plusieurs particularités physiques que l'on retrouve sur les trois représentations. On trouve entre autres une protubérance sur le front, qui se trouve entre les yeux, il s'agit en fait de la représentation du : Byakugô白毫, qui est une touffe de poils blancs qui selon Le Sûtra du Lotus est décrite comme ayant la capacité de lancer un rayon de lumière qui illumine la terre. On trouve également de représenté trois lignes juste sous le cou, il s'agit du : Sandô 三道, qui sont en fait trois plie de beauté. Il y a aussi la présence de lobes d'oreilles beaucoup plus longs, gros et tombants que dans la réalité. Il s'agit en fait de marques corporelles qui font partie d'une liste de trente-deux marques corporelles majeures de la « sainteté » des Êtres Éveillés ou des Êtres d'Éveils15, liste complète que l'on retrouve dans Le Sûtra du Lotus. Parmi ces attributs, on retrouve également la peau dorée qui explique pourquoi certaines représentations sont peintes en dorées. Mais les trente-deux marques corporelles de la « sainteté » des Êtres Éveillés ou des Êtres d'Éveils ne sont pas toutes représentées sur les représentations. Cela s'explique par l'infaisabilité de pouvoir les représenter sur une statue.

Comme nous avons pu le voir précédemment, les représentations funéraires, cultuelles et funéraires cultuelles de type iconographique « standard » de Jizô possèdent plusieurs points communs entre elles. Mais comme nous allons l'étudier à présent, il existe aussi de nombreuses différences entre les trois catégories malgré le fait qu'il s'agisse à chaque fois de figure standard de type iconographique « standard ».

En ce qui concerne les matériaux qui ont servi à la fabrication de chacune des trois représentations, on remarque rapidement que chaque statue est faite dans un matériau différent. La représentation funéraire est en granit, cette pierre volcanique qui se trouve en grande quantité au Japon est un matériau très résistant à la pluie et qui s'érode très difficilement. Il est donc logique que ce matériau soit utilisé dans la fabrication des représentations funéraires qui se trouvent à l'extérieur et doivent faire face aux différentes intempéries. Notons que toutes les représentations funéraires que nous avons vu sont tout en granit, et l'on peut émettre l'hypothèse que sans doute toutes les représentations funéraires de Jizô soient en granit.

Pour ce qui est de la représentation cultuelle, celle-ci est en bois. L'identification du type d'essence utilisé pour les sculptures japonaises est quelque chose de très difficile et qui dépasse nos compétences. Il est bon ici de se référer aux différents travaux effectués par Mechtild Mertz, experts en xylographie qui a effectué son DEA d'histoire de l'art sur : « Le bois du Japon - La présentation de 38 essences de bois », Paris Sorbonne, directeur de recherche : Flora Blanchon, Mention Très bien. Et qui a publié plusieurs articles sur les essences de bois utilisées dans les représentations bouddhiques chinoises et japonaises. Mais ce que l'on peut dire ici est que le bois est un matériau extrêmement fragile qui peut vieillir très mal si on n'y prête pas une grande attention. Les représentations cultuelles dans les temples sont en très grand nombre en bois, car il s'agit d'un matériau peu onéreux et que l'on retrouve en grand nombre au Japon. De plus les techniques de xylographie japonaise étant de haut niveaux, celles-ci permettent de réaliser des représentations très minutieuses.

Enfin en ce qui concerne la représentation funéraire cultuelle, cette dernière est faite en bronze. Le bronze qui, bien qu'un matériau résistant, est sujet rapidement à une corrosion dût à la pluie s’il n'est pas régulièrement traité. De plus, il s'agit d'un matériau très onéreux et qui doit être entretenu régulièrement, ce qui engendre encore d'autres frais. Malgré le coût élevé, le travail du bronze permet de réaliser des sculptures très minutieuses. De plus, d'après les différentes représentations funéraires cultuelles que nous avons vues qui étaient toutes en bronze, on peut émettre l'hypothèse que toutes les représentations funéraires cultuelles serait peut-être toutes faites en bronze.

Ainsi, on remarque que le matériau utilisé pour les différentes représentations dépend de la localisation de la représentation : c'est-à-dire si celle-ci se trouve dans un environnement extérieur ou à l'intérieur d'un temple. C'est pourquoi il apparaît, selon les représentations qu'il nous reste actuellement, que seules les représentations cultuelles qui se trouvent à l'abri des intempéries sont en bois.

Autre différence en ce qui concerne ces trois représentations, c'est que la représentation cultuelle est peinte. D'un point de vu général, les représentations cultuelles sont toujours peintes à l'origine, même si la peinture n'est plus présente parfois de nos jours. À l'inverse les représentations funéraires, d'après le corpus de sculpture nous avons vu à ce jour, semblent ne jamais être peintes. Ce phénomène peut sans doute s'expliquer là encore par le fait que la représentation funéraire se trouve dans un environnement extérieur et que donc la peinture ne tiendrait pas sur un support qui doit faire face à toutes les intempéries du climat japonais. Par contre, cette logique ne semble pas tenir pour les représentations cultuelles funéraires, car certaines d'entre elles sont peintes en dorée malgré le fait qu'elle se trouve à l'extérieur. Ce type de représentation, malgré le fait qu'elle ne se trouve pas dans un temple, semble faire l'objet de beaucoup d'attention. Nous pouvons avancer ici l'hypothèse que malgré le fait que ce genre de représentation se trouve dans un domaine funéraire elle n'en reste pas moins également une représentation cultuelle, et que comme nous venons de le souligner : les représentations culturelles peuvent parfois être peintes en dorée. Cette question qui touche l'utilisation de polychrome pour des représentations cultuelles funéraires est un phénomène qui mérite d'être étudié bien plus en détail, mais cela nous éloignant de notre problématique nous ne traiterons pas cette question.

A présent, si on s'intéresse à la position même de Jizô, comme dit précédemment celles-ci sont toutes les trois debout et droites. Mais cela ne veut pas dire que les représentations du bodhisattva sont toutes de type ritsuzô. Il en existe également dans les trois catégories des représentations qui sont sous une forme assise, cette forme assise se nomme : renge-za 蓮華座16, la position assise du lotus, dont il existe de nombreuses variantes17.

Pour ce qui est des deux attributs que dispose Jizô dans chacune de ses mains, le nyoi jû et le shakujô, on remarque plusieurs différences entre les trois types représentations. On constate que le nyoi jû est représenté sur chaque statue d'une taille différente. Mais que sur la représentation cultuelle du Tôdai-ji ( voir Fig. 3 ), le joyau est surmonté de trois flammes qui symbolisent tout comme les trois striures les Trois Trésors du bouddhisme comme expliquer précédemment.


Fig. 5 : Jizô, époque Kamakura, bois, 89,8 cm, Kaikei, temple du Tôdai-ji東大寺, Nara


On retrouve également des nyoi jû surmontés de flammes parmi certaines représentations cultuelles funéraires, mais par contre on ne le retrouve pas représenté ainsi parmi les représentations funéraires. D'autre part, ce joyau est, selon le corpus que nous avons vu, il semble que le nyoi jû soit toujours taillé à même la main sur les représentations funéraires, alors qu'il peut très bien s'agir pour les deux autres catégories d'objets rajoutés. Quand au shakujô, on note que sa hauteur est elle aussi très variantes comme nous pouvons le voir en comparant les shakujô des deux représentations de l'Oku no in ( voir. Fig 2 et Fig. 4 ).

On remarque aussi que la représentation cultuelle et cultuelle funéraire porte un pectoral : karei na mune kazari華麗な胸飾り18 ( voir Fig. 6 ).

Fig. 6 : karei na mune kazari華麗な胸飾り, Sei Kannon, époque Heian, bronze et cuivre, 189 cm, temple du Rakushi-ji楽師寺, Nara19


Il s'agit à l'origine d'une parure que portaient les aristocrates indiens. Il s'agissait d'un attribut qui symbolise les origines royales du Bouddha en Inde, mais qui en Chine et au Japon est devenu un simple objet qui symbolise la beauté. Le karei na mune kazari, comme pour le nyoi jû, peut être un objet en métal rajouté ou bien taillé à même le torse de la représentation. De plus, la parure n'a pas de forme fixe et il existe une très grande variété de représentation de celle-ci.

Comme nous pouvons le voir sur le cliché de la représentation cultuelle funéraire, celle-ci dispose d'une sorte d'auréole qui par de derrière sa tête : rinkô 輪光20. Cette auréole positionnée derrière la statue est tenue par une longue tige métallique qui est accrochée dans son dos, faisant en sorte que la tête se retrouve bien à l'intérieur de l'auréole. Les rebords sont pleins et comme nous pouvons le voir sur le cliché de la représentation cultuelle funéraire ( voir Fig. 4 ) on retrouve par trois fois ( en haut, à droite et à gauche ) un motif de nyoi jû qui ont une forme très proche de celle d'une fleur de lotus. Cette auréole se retrouve également sur certaines représentations cultuelles, mais pas sur les représentations funéraires, d'après le corpus que nous avons vu. On peut parfois trouver à la place d'un motif de nyoi jû un signe sanskrit « ka », première syllabe du nom de Jizô en indien : Kṣitigarbha, qui est également la syllabe qui représente le bodhisattva.


On prononce cette syllabe lorsqu'un enfant meurt pour le bodhisattva lui vienne en aide pour le sortir de « l'entre-monde » et conduise son âme jusqu'au Nirvāna. Dans d'autres cas, l'auréole peut se voir adjoint des petites flammes qui font alors le tour de l'auréole. Celles-ci symbolisent alors l'altruisme de Jizô et son caractère protecteur21.

Ce qui semble être le plus important dans la représentation d'une figure de type iconographique « standard » de Jizô, est le fait de bien respecter les codes iconographiques des représentations bouddhiques ésotériques, tout en ayant une certaine flexibilité sur la façon de les représenter. En un mot : «  peu importe comment ces codes sont représentés du moment qu'ils sont représentés ». Bernard Franck dans son ouvrage, Dieux et Bouddhas au Japon, Paris, Collège de France / éd. Odile Jacob, coll. Travaux du Collège de France, 2000 parle précisément de ces codes iconographiques qui se nomment : zuzô 図像, présentant les différents traités iconographiques qui ont mis en place ces codes. Malheureusement, n'ayant pas eu accès au contenu même de ces zuzô, il ne nous est pas possible de dire quel zuzô respecte ces différentes représentations de Jizô.

Ainsi,comme nous venons de le voir dans cette partie, il existe de nombreuses différences entre les représentations funéraires, cultuelles et funéraires cultuelles. Mais bien plus que ces différences, les représentations funéraires se démarquent des représentations cultuelles et funéraires cultuelles, car possédant certaines particularités propre. C'est ce que nous allons étudier dans notre chapitre suivant.

1FRANK Bernard, Le panthéon bouddhique du Japon, op. cit., p.134.

2MARQUET Christophe, « Le Japon moderne face à son patrimoine artistique », Cipango. Cahiers d'études Japonaises, n° hors série « Mutations de la conscience dans le Japon moderne », 2002, Paris, INALCO, Centre d'études japonaises, p. 243-304.

3Dictionnaire historique du Japon, op. cit., Volume 1, p.1428 - 1429.

4Dainihon no butsuzô, Numéro du 13 mars 2008, Tôkyô, Kôdansha, p.17.

5MITSUMORI Masashi et OKADA Ken , Butsuzô chôkoku no kanshô kiso-chishiki, Tôkyô, Shibundô, 1993, p.29.

6Même si la représentation cultuelle du Tôdai-ji n'a pas de canne dans sa main droite, mais la position de son bras droit et sa main se referme tout laissant une ouverture ronde à l'intérieur prouve que la statue fut bien fabriquée pour avoir une canne dans sa main droite; canne qui devait ressembler à celle que possèdent les deux autres représentations.

7Butsugu daijiten (éd.), Butsugu daijiten, Tôkyô, Kamakura shinsho, 1982,

8La vérité de la souffrance, la vérité de l'origine de la souffrance, la vérité de la cessation de la souffrance et la vérité du chemin.

9 Générosité, moralité, patience, énergie, méditation et sagesse.

10(1) tous les êtres vivants sont plongés dans l’ignorance, (2) de l’ignorance dépendent les activités de la vie, (3) des activités de la vie dépendent la conscience, (4) de la conscience dépend la combinaison psychophysique, (5) de la combinaison psychophysique dépend l'activité des six sens ( la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher et conscience du corps et de l’esprit), (6) de l’activité des sens dépend l’impression sensorielle, (7) de l’impression sensorielle dépend la sensation, (8) de la sensation dépend le désir, (9) du désir dépend l’attachement à l’existence, (10) du processus du devenir dépend la renaissance, (11) de la renaissance dépend souffrance (12) la souffrance qui augmente et dont la base est l’ignorance.

11SAUNDERS E. Dale, Mudrâ, a study of Symbolic Gestuares in Japanese Buddhist sculpture, Princeton, Princeton University Press, 1985,

12Butsugu daijiten (éd.), Butsugu daijiten, op. cit.,

13SAUNDERS E. Dale, Mudrâ, a study of Symbolic Gestuares in Japanese Buddhist sculpture, op. cit.,

14IRIE Taikichi et AOYAMA Shigetomo, Butsuzô,Ôsaka, HOIKUSHA COLOR, 1986,

15Il existe également des marques corporelles dites mineures dont le nombre varie selon les sûtra.

16MITSUMORI Masashi et OKADA Ken, Butsuzô chôkoku no kanshô kiso-chishiki, op. cit., p.16 - 17

17SAUNDERS E. Dale, Mudrâ, a study of Symbolic Gestuares in Japanese Buddhist sculpture, op. cit.,

18MITSUMORI Masashi et OKADA Ken , Butsuzô chôkoku no kanshô kiso-chishiki, op. cit., p.14- 15

19MITSUMORI Masashi et OKADA Ken, Butsuzô chôkoku no kanshô kiso-chishiki, op. cit., p.14

20MITSUMORI Masashi et OKADA Ken, Butsuzô chôkoku no kanshô kiso-chishiki, op. cit., p.54.

21HANAYAMA Shôyû, Butsuzô no subete, Kyôto, PHP kenkyû sho, 1991,

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