Excerpt for Mon mari, mes enfants et MOI, étude sur le modèle de la famille japonaise actuelle by Gengis Mey, available in its entirety at Smashwords

La femme dans la famille japonaise

d’aujourd’hui


Introduction


De nos jours, c’est le modèle de la famille nucléaire qui s’impose au sein des sociétés industrielles modernes. Celle-ci regroupe sous un même toit les deux parents mariés ou non et leurs enfants. Cette famille dispose d’un équipement moderne dans son foyer. Le Japon ne semble pas échapper à cette règle, même si le nombre de famille dont les parents ne sont pas mariés, mais qui ont des enfants est bien plus faible que dans les autres sociétés industrielles modernes. Mais ce pays semble se démarquer autrement de ce modèle avec le rôle que chacun des parents a au sein de la famille, et plus particulièrement celui de la femme.


Le père reste la figure dominante au sein des familles japonaises, son rôle est d’apporter un revenu et ainsi répondre aux besoins de sa famille pour que celle-ci puisse vivre et s’épanouir correctement. Il est responsable symboliquement de la survie de celle-ci. La mère, quant à elle, doit s’occuper des enfants et du foyer familial sans pour autant ne pas rester inactif du point de vu professionnel. Elle peut, elle aussi, travailler, mais ne doit pas pour autant négliger ses devoirs de mères et d’épouses. Elle est responsable de l’éducation des enfants et du bien-être de tous les membres du foyer. C’est en cela que le Japon paraît se détacher du modèle de la famille nucléaire des sociétés industrielles modernes occidentales. Certains parleront de ce fait comme un archaïsme qui est resté jusqu’à aujourd’hui, alors que d’autres s’accorderont à dire qu’il s’agit plutôt ici d’une forme différente de la famille nucléaire.


Ce dossier a pour but d’étudier et d’analyse la position de la femme dans la famille japonaise d’aujourd’hui au sein du foyer uniquement. Nous baserons pour cela d’exemples précis relatés à plusieurs reprises dans la vie quotidienne de différentes familles japonaises, pour tenter de répondre à cette problématique : qu’elle est la position de la femme japonaise au sein de sa famille ?


Ainsi en nous basant sur une famille japonaise, après avoir fait une présentation du cadre de l’étude, nous décrirons avec précision, une journée « type » en période scolaire pour la femme, tout en tentant de donner une analyse sur chaque fait qui nous paraîtra « singulier » et tenterons d’en expliquer la cause. Pour cela, nous étudierons dans un premier temps la période qui va du réveil de la femme au repas du midi, puis dans un second temps la période qui va de la fin du repas du midi à la fin de la journée après le retour des enfants de l’école, puis dans un troisième temps la période qui va du retour des enfants de l’école pour le foyer au couché de la femme. Il nous faudra également analyser les différents rôles de la femme dans son foyer pour en déduire sa position. Puis nous conclurons ce dossier, et finirons par une ouverture sur les changements que subit ce modèle de la famille nucléaire « japonaise ».



Cadre de l’étude


Ce dossier, il est bien de le préciser dès le début, ne va pas faire une comparaison de la place de la femme dans la famille japonaise par rapport à la femme dans une famille occidentale. Malgré les multiples comparaisons que nous ferons entre un « modèle » japonais et occidental, nous nous attacherons à ne pas critiquer ou juger l’un et l’autre, ou l’un par rapport à l’autre. Comme l’a fait Ruth Benedict1 dans son œuvre anthropologique Le chrysanthème et le sabre parut en 1946, il s’agit dans ce dossier d’avoir un même point de vu totalement dénué de jugements et de critiques sur un aspect de la société japonaise qui est : la position de la femme dans la famille. Il va de soit que notre étude aura des points communs avec celle de Ruth Benedict, une société ne peut pas totalement changer en un peu plus de soixante ans, ainsi que les différents comportements de sa population plus encore s’il s’agit de comportements qui sont des fondements de la société japonaise. Mais les différents évènements survenus depuis la défaite du Japon en 1945, ont profondément changé ceux-ci et le cadre dans lesquels ils s’appliquaient. La famille au Japon n’est plus la même que pendant la guerre, et n’a plus les mêmes conditions de vie qu’à cette époque lointaine.


D’autre part, l’ouvrage écrit par Ruth Benedict a été fait à « distance », elle ne l’a pas écrit après un voyage au Japon, mais en ce basant sur divers ouvrages ou témoignages des Japonais vivants aux États-Unis à l’époque. Ce dossier, va se démarquer de l’ouvrage, car nous étudierons des comportements « communs » relatés dans différentes familles à plusieurs reprises. Même si nous ne présentons qu’une famille, celle-ci est représentative de l’ensemble de toutes les autres, en dehors du comportement propre de chaque individu ou de ses traits de caractère. Mais là encore, certains traits communs sont présents dans l’ensemble des familles, traits que nous présenterons durant notre étude.

Il est temps à présent de présenter le cadre de notre étude, c’est-à-dire le foyer familial dans un premier temps, puis la famille dans un second temps. Le foyer en question est habitation se trouvant dans un quartier pavillonnaire de la banlieue d’Osaka ( 大阪市 ). Habitation « classique » des environs, dans un style occidental ( voir annexe ), possédant une place de parking à juste devant la maison ( en vérité il s’agit du カースペース se situant à gauche sur le plan qui a été aménagé en place de parking ) mais ne possédant pas de jardin. Un mur d’environ un mètre cinquante en parpaing, peint en blanc, entoure la maison. Une petite porte noire en métal permet d’entrer dans l’enceinte de celle-ci. Comme le plan nous l’indique, les pièces sont agencées à l’occidentale, donc séparées par des murs, mais il y encoure la présence d’une pièce « japonaise » ( sur le plan ) au rez-de-chaussée ( 1)

qui possède des séparations mobiles. Toujours au premier étage, il y a des toilettes et une salle de bain qui sont dans deux pièces bien distingues. Bien évidemment, comme dans toutes les habitations de n’importe quel type ou région, juste avant de pouvoir rentrer dans la maison, il y a entre le début du planché et la porte d’entrée un espace en béton pour pouvoir retirer ses chaussures ( ). La dernière pièce ( LDK ) sert de cuisine, mais aussi de salle à manger. Au premier étage ( 2), on trouve un balcon ( バル ), ainsi que trois chambres ( ) « occidentales ».


A présent, regardons de plus près l’aménagement des pièces de la maison. Les chambres, qu’il s’agisse de l’une des chambres des enfants ou bien de celle des deux parents, possèdent un mobilier simple comme une armoire à vêtements, un bureau, une étagère avec des livres divers, et un lit. La salle de vie dans la maison est la pièce « japonaise ». C’est ici que les membres de la famille se regroupent pour manger, regarder la télévision, ou bien encore jouer. Cette pièce contrairement au reste de la maison ne possède pas un sol en parquet, mais des tatamis2 ( ). Une grande table basse occupe le centre de cette pièce. La cuisine possède un équipement électroménager complet, ainsi qu’un plan de travail. Une table, cette fois-ci haute, ainsi que des chaises se trouvent dans la pièce nommée sur le plan LDK, sorte de salon/salle à manger. Enfin, la salle de bain dispose d’une baignoire ainsi qu’un espace pour se doucher juste à côté. Cette présentation assez détaillée nous permet de bien visualiser le cadre de l’étude, mais cet aménagement a un lien direct avec la femme. Nous reviendrons sur ce point dans notre étude.


Présentons maintenant les différents membres de la famille qui nous servira de base pour notre étude. Elle se compose de quatre individus :

_ Le père et époux, âgé de trente-six ans, qui exerce la fonction d’instructeur de Kendô3 ( 剣道 )au sein d’un commissariat se situant à une heure en voiture du domicile.

_ La mère et épouse, âgée de trente deux ans, qui n’exerce aucun métier.

_ La fille aînée de la famille âgée de dix ans, qui suit une scolarité dans un établissement privé.

_ La fille cadette de la famille âgée de sept ans, qui elle aussi est scolarisée dans le même établissement que sa sœur, qui se situe à environ une demi-heure à pied du foyer.


Précisons que cette famille se considère comme faisant partie de la classe moyenne et ne se considère pas comme aisée alors qu’elle possède sa maison dont les crédits sont en cours ou bien encore deux voitures, l’un véhicule de type familial et l’autre de type citadin. Comme nous l’avons détaillé juste au-dessus, le foyer est « classique », voir assez sobre en comparaison d’autres familles « moyennes » qui

elles possèdent un jardin ou encore un vrai garage, mais voir aussi assez luxueux par rapport à des familles qui ne disposent d’un foyer beaucoup plus petit.


Les deux parents sont nés et ont vécu dans les environs d’Osaka, venant de familles présentaient déjà comme de la classe moyenne. Les deux pères étaient fonctionnaires de police et les deux mères femmes au foyer. Ils se sont rencontrés par le biais d’amis qui venaient de se marier. Se mariant un peu plus d’un an plus tard, à l’âge d’environ vingt-cinq ans pour le mari et de vingt-deux ans pour la femme. Ils eurent leur première enfant l’année suivante, et leur seconde fille un peu moins de trois ans plus tard. Cette famille respecte parfaitement le modèle japonais de la famille contemporaine, c’est-à-dire une famille se composant de quatre personnes, le père travaillant alors que la mère s’occupe du foyer et de deux enfants dont l’écart d’âge est assez court.


Une journée « type »



Période 1 : le matin, du réveil de la femme au repas du midi



Tôt le matin, aux alentours de 6 heures, la femme va se lever silencieusement du lit conjugal évitant de réveiller son mari qui dort encore profondément. Dans cette famille, le mari et la femme dorment dans une pièce qui leur est réservée comme chambre. Notons qu’il existe des familles où d’une part on n’utilise pas un lit de type « occidental » mais des futons4 ( 布団 ). De plus dans certaines familles les parents dorment dans la pièce « japonaise ». Il faut également souligner le fait qu’ils peuvent ne pas partager le même futon dans ce cas. Cet aspect a été relevé à plusieurs reprises à la campagne même si le cas « chambre propre » + «  lit occidental» est devenu le plus courant. Il s’agit certes d’un détail, mais qui a toute son importance, car si à l’origine la femme ne partageait pas le même futon que son mari c’est à cause du fait qu’elle ne se couchait pas à la même heure que ce dernier. Aujourd’hui il est rare que la femme se couche plus d’une heure après que son mari se soit couché.


Bien entendu pour se réveiller, la femme ne peut pas utiliser un réveil matin dont la sonnerie trop bruyante pourrait réveiller son mari. C’est pour cela qu’elle va utiliser la sonnerie de sa montre dans la plupart des cas, ou bien une sonnerie de son téléphone portable qu’elle seule pourra entendre. Il est temps de relever un principe fondamental dans la famille au Japon : la femme doit tout mettre en place pour que son mari soit dans des conditions optimales pour allé travailler. Cela passe bien évidemment par un sommeil le plus long et le plus calme possible même si dans certains cas, la femme utilise un réveil matin et se lève juste quelques minutes avant son mari. Précisons que ce cas est minoritaire par rapport au premier. Mais précisons également qu’il s’agit d’un schéma totalement différent, avec des comportements qui diffèrent totalement du schéma que nous étudions. Nous noterons donc juste pour le moment qu’il existe des comportements différents de ceux relatés, et donc qu’il n’existe pas un « modèle » ou un « schéma » familial commun à toutes les familles au Japon.

Juste après s’être levée, la femme va prendre une douche et mettre des habits propres. Et pendant que le reste de la famille dort encore, elle va entre ouvrir voir ouvrir complètement les volets des fenêtres se situant dans les pièces du bas. Elle va ensuite non pas installer la table sur la grande table se trouvant dans le salon, mais sur la table basse se trouvant dans la pièce « japonaise ». Elle allumera et regardera par ailleurs la télévision pendant qu’elle préparera le petit déjeuné, ce qui lui vaudra quelques remarques sur le volume du son de la télévision de la part de son mari si ce dernier se lève de mauvaise humeur et un peu plus tôt que d’habitude.


Notons ici plusieurs choses importantes. D’une part, la pièce centrale dans cette maison n’est pas le salon, mais la pièce « japonaise ». La télévision est placée dans cette pièce, ainsi que la chaîne HI-FI, les photos de familles, et tous autres lecteurs DVD, console de jeu ou appareil électronique fonctionnant sur la télévision. Bien qu’il ne s’agisse que d’un détail relatant de l’aménagement de la maison, la télévision et autres appareils du même genre se trouvent toujours dans la pièce « centrale » d’une maison ; pièce où tous les membres de la famille se réunissent et partagent ensemble un moment de détente. Il n’est pas rare que dans les foyers occidentaux et japonais qu’il y est une télévision dans une chambre. Ce phénomène moderne tant à se développer, mais s’agit-il de destruction du noyau familiale ? Notons simplement ici que la pièce « japonaise »dans cette famille est la pièce « centrale » de la maison, où tous les individus se réunissent et où ils passent la majorité de leur temps. D’autre part que, il nous faut préciser que si la pièce « japonaise » est la pièce centrale dans cette famille, mais qu’il existe aussi des familles dont la pièce centrale est le salon. Et donc, lors des repas, la famille mange sur une table haute dans le salon. Le fait que la pièce « japonaise » soit, la pièce centrale dans la plupart des familles est normale puisqu’il s’agit de notre « salon » ou «  pièce commune centrale » pour nous occidentaux. Et même si avec l’occidentalisation du Japon, il y a la présence de salon dans les maisons japonaises, il y a toujours une pièce « japonaise » dans celles-ci. Ainsi, le salon est toujours placé juste à côté de la pièce « japonaise », une sorte de prolongement de la pièce mais avec un sol en parquet et des meubles hauts.


En ce qui concerne le petit déjeuné, la femme va préparer un petit déjeuné de type salé et traditionnel au Japon. C’est-à-dire du riz, de la soupe miso5 ( 味噌汁 ) , du poisson et des légumes par exemple. Pendant ce temps, la salle de bain est véritablement prise d’assaut par le mari et les deux filles qui viennent de se lever vers les 7 heures. En ce qui concerne les deux fillettes, leur uniforme scolaire6 et leurs sacs ont été préparés la veille avec grand soin par leur mère. Les deux uniformes sont propres et repassés. Les sacs sont complets et attendent juste leur propriétaire. Il en va de même pour les vêtements et les affaires de son mari ; ici en l’occurrence un sac avec un équipement complet pour le kendô, mais aussi des vêtements de ville et un uniforme propre. Nous reviendrons en détail sur cela dans la Période 3 : le soir, du retour des enfants de l’école pour le foyer au couché de la femme.


Relevons ici un aspect des plus intéressant, le petit déjeuné sera près et servit quelques minutes après que le dernier membre de la famille se soit assis à sa place habituelle. Cette « cérémonie » du petit déjeuné est exactement la même chaque matin « typique », le père descend le premier, suivi par la cadette puis par l’aînée

qui se lève toujours en dernière. En attendant celle-ci, sa petite sœur regarde des dessins animés à la télévision et son père lit le journal en buvant une tasse de café. De plus, lorsqu’il est temps de passer à table, le mari est toujours servi en premier, puis c’est au tour de la cadette, de l’aînée puis de la femme. La place des membres

de la famille autour de la table est un point important. Le père est non pas en bout de table comme le veut l’image patriarcale en occident, mais sur un côté, sa femme se

trouvant juste à côté ; et en face d’eux leurs deux enfants. Pendant le repas, la femme a pour rôle d’assurer « le service », elle doit remplir le verre et le bol de chacun à la demande. C’est pour cela qu’elle va manger en « décalée » par rapport au reste du groupe. Nous entendons par « décalée » le fait qu’elle ne commence pas en même temps et ne finit pas de manger en même temps que le reste du groupe. Dans d’autres familles, la femme ne va même pas manger avec le reste du groupe, elle le fera après avoir accompli son rôle de « nourrir » sa famille. Il s’agit donc ici de l’évolution de ce phénomène, la femme prend place dans le repas commun, mais doit assurer son rôle de « serveuse ».


Attachons-nous à ce point quelques instants, la femme a pour rôle de « nourrir » la famille « physiquement », c’est-à-dire en d’autres termes : de faire la cuisine. Précisons que la place de la femme est peut-être d’être à la cuisine, mais que celle de son mari est de ne pas y être. Il y a bien en endroit où ce dernier irait c’est la cuisine, la femme est le lien « vivant » entre son mari et le frigo ou autres placards renfermant de la nourriture. Cet aspect paraît extrêmement machiste, mais il ne s’agit que de la persistance d’un « archaïsme » qui est que la femme est en quelque sorte responsable de la nourriture, elle doit gérer les stocks comme le faisait les femmes dans des époques reculées au Japon mais aussi dans le reste du monde. Si la femme est chargée de faire la cuisine, c’est simplement « qu’historiquement » le mari partait à la chasse, donc rapporté la nourriture, et que la femme était chargée de la préparer celle-ci tout en gérant les stocks. Ce modèle est parfaitement le même ici, le mari rapporte un salaire donc la « nourriture » et la femme se charge de faire la cuisine donc de la « préparer ». Cela à au moins un avantage, c’est que le mari ne viendra pas « taper dans les réserves la nuit ». Précisons encore qu’il existe de plus en plus d’époux qui vont dans l’enceinte de la cuisine, et font la cuisine ou autres corvées attachées à la cuisine comme faire la vaisselle ou encore la ranger. Et que l’activité professionnelle des femmes revient à dire qu’elles partent elles aussi à la « chasse », et donc changent leur position au sein de la famille.


Juste après avoir fini son petit déjeuné, le mari va se lever de table prendre ses affaires déjà prêtes, et partir pour le travail vers les 8 heures. Pendant que les fillettes finissent leur petit déjeuné, leur mère va les coiffer et vérifier scrupuleusement si ses filles sont « parfaites » pour aller à l’école. Ainsi vers 8 heures et demie, celles-ci partent enfin de chez elles, et vont seules à l’école. À ce moment-là, la femme peut finir de manger dans le calme tout en regardant la télévision. Bien entendu, précisons que pendant qu’elle préparait le petit déjeuné, la femme a préparé en même temps le bentô7 ( 弁当) de ses filles.


À partir de ce moment, la femme est assez « libre ». Même si elle doit s’occuper de la vaisselle du matin, ranger la maison, faire la lessive ou bien d’autres corvées ménagères. Mais elle est libre de les faire dans l’ordre qu’elle le souhaite et sans de précipitation particulière à l’opposé du petit déjeuné où elle qui devait être impérativement servit à l’heure. Dans ce cas, il est noté que la femme va faire toutes ses corvées ménagères d’un « bloc », c’est-à-dire qu’elle ne fera rien d’autre que du ménage durant toute sa matinée pour être libre l’après-midi.


Période 2 : l’après-midi, du repas du midi à la fin de la journée après le retour des

enfants de l’école



Dans certaines familles la femme peut exercer un petit « boulot » mais qui ne va pas empiéter sur sa vie familiale. Ce petit « boulot » n’est pas vu comme un travail, mais comme un moyen comme les autres de s’occuper l’après-midi lorsque la femme n’a pas d’obligation envers sa famille. Il ne s’agit pas de ramener un salaire, mais bien de s’occuper et de se faire un peu d’argent de poche. Cette vision est un peu grossière, mais elle reflète bien l’idée que la femme doit être « totalement dévouée » à sa famille au Japon. Mais est-il possible de voir ce petit « boulot » comme l’amorce d’un début d’indépendance de la femme ? Elle veut travailler, elle veut donc être indépendante financièrement et ne veut plus être juste une mère ou une épouse. Mais dans la vie de tous les jours, la « réalité » l’empêche de s’épanouir pleinement, et on lui rappel constamment ses rôles de d’épouse et de mère. Dans notre cas, ce problème ne se pose pas, la femme n’exerce aucune activité professionnelle. Après voir fait des courses, elle se préparera à manger pour elle seule, son mari mangeant à l’extérieur et ses enfants à l’école. Pendant cette période, elle s’installera tranquillement dans la pièce « japonais » et regardera une émission de cuisine ou bien un drama8 ( ドラマ ). Notons juste ce détail, c’est que les émissions entre le midi et la fin de la journée ciblent un public féminin uniquement, tant sur le contenu que sur la présentation, mais aussi sur le vocabulaire employé par les présentateurs ou par les acteurs des drama. Ce qui montre bien que dans les esprits seules les femmes sont présentes chez elle le midi.


Le déjeuné de la femme se compose en général de riz et de légumes. Il faut préciser ici une chose importante, c’est que la consommation de viande se fait en groupe. Par exemple, le yakiniku9 ( 焼肉 ) se fait à plusieurs, alors qu’il serait tout à fait logique de pouvoir le faire également seul. Sans doute parce que la consommation de viande est assez rare dût au prix de celle-ci au Japon. Et lorsqu’elle aura fini de déjeuner, elle nettoiera la table ainsi que la vaisselle utilisée.


Une fois cela fini, la femme est réellement libre de faire ce qu’elle désire jusqu’au retour de ses deux filles en fin d’après-midi. Bien souvent, la femme va s’accorder une à deux heures maximums de sieste juste après son déjeuné. Ainsi, elle va d’une part se reposer de la fatigue cumulée le matin, mais aussi se reposer en vu du reste de la journée qui l’attend. Après cette sieste revitalisante, celle-ci va faire une activité calme comme de la broderie devant la télévision. Notons qu’a ce moment, la plupart du temps la femme va se mettre à lire des livres ou autres revues diverses. Même si la femme est une mère au foyer, ce n’est pas pour autant que celle-ci va passer tout son temps libre à peaufiner ses « techniques » de femme au

foyer. Bien au contraire, elle continuera à entretenir une vie intellectuelle, cela passant par la lecture de divers supports parlant de divers thèmes. Ce fait n’est pas

un simple détail, la femme est consciente d’être une épouse et une mère, mais elle est aussi consciente qu’elle est une Femme, un être individuel qui pense par lui-même et pour lui-même. Ainsi lors de ce temps mort, elle va réellement faire ce qui lui plaît, ce qu’elle aime. Les femmes japonaises aiment sans aucun doute avoir une activité intellectuelle et cela passe par la lecture, support le plus facilement accessible. Mais cette activité intellectuelle va être interrompue aux alentours de 5 heures et demie, avec le retour des deux enfants de l’école. À ce moment, la Femme redevient mère.



Période 3 : le soir, du retour des enfants de l’école pour le foyer au couché de la

femme



Il est très facile dans une famille au Japon de savoir qui sort de la maison, qui rentre et qui est reste grâce aux différentes expressions utilisées quotidiennement. Ainsi, la personne qui part de la maison annonce son départ avec une certaine expression et celle qui reste lui répond. De même au retour de l’un des membres de la famille, ce dernier va annoncer son retour et les personnes présentes dans le foyer vont lui répondre en retour. Ce petit cérémonial se retrouve également en occident lorsque que l’on se souhaite une « bonne journée », un «  à ce soir » ou bien un « c’est moi ». Précisons le fait que la femme, lors du départ de son mari ou de ses enfants, va les accompagner jusqu’à la porte abandonnant immédiatement toute activité. Et que dès leur retour, elle stoppera net toutes activités pour se rendre immédiatement à la porte pour les accueillir. Au Japon ces différentes expressions vont marquer précisément l’entrée dans l’une des trois périodes pour la femme, mais surtout indiquer quel rôle entre mère, épouse ou mère et épouse elle doit revêtir.


Ainsi alors que les deux fillettes se précipitent dans leur chambre pour se changer, leur mère va contempler avec horreur l’entrée où chaussures et cartables sont éparpillés par terre. Bien entendu celle-ci va les réprimander, mais étrangement celle-ci va ranger les chaussures et apporter les deux cartables au salon en même temps. Notons ici un autre rôle de la femme : l’éducation des enfants, surtout s’il s’agit de fille comme dans notre étude. Le père bien souvent partagera ce rôle que si son enfant est un garçon. Sans doute parce que la mère dans son esprit et dans sa propre éducation est la meilleure placée pour éduquer des filles, et vis versa. Il ne faut pas prendre cela au pied de lettre, prenons le temps de nous expliquer.


Dans notre étude, nous pouvons hors et déjà affirmer que nous avons à faire un à modèle familial japonais de type « classique », en opposition avec un modèle familial japonais « néo-classique ». Ce modèle « classique » se base sur la persistance « d’archaïsmes culturels» mais surtout sur la mise en valeur de ceux-ci. Sans trop nous attarder en détail sur ce point, il faut voir simplement que la mère a reçu une certaine éducation étant petite et qu’elle va reproduire cette éducation sur ses filles. Et que bien souvent si le père ne s’occupe pas de ses filles c’est simplement parce qu’il ne sait pas comment faire, ou plutôt comment bien faire. La mère a donc ce rôle fondamental d’éduquer ses enfants non pas parce qu’il s’agit d’un « fardeau » que le père ne veut pas endosser, mais bien parce qu’elle et la seule à pouvoir accomplir ce rôle correctement. Bien entendu, il faut nuancer ses propos par rapport à l’ensemble des familles japonaises et de l’évolution que celles-ci ont subie. Nous reviendrons sur ce point lors de notre conclusion.


Il est présent l’heure aux deux fillettes de faire leurs devoirs et revoirs les différentes leçons vues aujourd’hui. Pour cela, ces dernières vont s’installer sur la petite table se trouvant dans la pièce « japonaise » plutôt que de s’installer sur les bureaux se trouvant dans leur chambre. Il s’agit ici plus d’un aspect pratique plus contre chose. La mère devant s’occuper et veiller que les devoirs ou autres leçons de chacune soient bien appris. Mais relevons simplement le fait qu’avec le temps, les devoirs demandés seront plus compliqués et donc la mère devra avoir un bon niveau de connaissance général pour bien assurer son rôle. Et dans la plupart des cas, la femme a un bon niveau de connaissance général, mais évidemment elle ne pourra plus apporter son aide si son enfant se lance dans des études supérieures dans un domaine trop spécialisé pour elle.

Le temps consacré pour les devoirs ne dépasse pas plus d’une heure, et bien évidemment juste après c’est l’heure de goûter pour les deux petites. Pendant qu’elle regarde la télévision, leur mère va leur apporter à boire et à manger. En l’occurrence des choses sucrées, que nous pouvons assimiler à des gâteaux, et du thé. Durant cette période, les deux fillettes vont chacune leur tour ranger leur sac avec leur mère, celle-ci vérifiant soigneusement que tout soit bien à sa place. Une fois les deux sacs faits, ceux-ci vont être posés à l’endroit habituel et ne seront réouvert que le lendemain en cours. Et pendant que ses deux filles regardent la télévision, la femme va s’occuper de mettre les uniformes sales dans la machine à laver et de préparer les uniformes propres pour demain. Elle lancera la machine à laver immédiatement, évitant ainsi que de faire du bruit lorsque son mari sera de retour à la maison. Le rôle de mère au Japon est sans aucun doute assez fatigant, mais bien moins contraignant que le rôle d’épouse. Nous reviendrons sur ce point un peu plus loin.

Notons une chose, durant la période du goûté les deux petites iront d’elles-mêmes à la cuisine pour reprendre à boire ou bien à manger tout en demandant à chaque fois l’autorisation à leur mère. Outre le fait de demander l’autorisation ce qui est « logique », elles ne s’aventureront dans la cuisine que lorsque leur père est absent de la maison. Sinon, c’est à la femme de faire le « service ». Comment interpréter ce fait ? Il a été noté cette interaction avec le père à ce sujet : c’est que si ce dernier ordonne à une de ses filles de lui apporter quelques choses à boire ou à manger, elle sera alors « autorisé » à se rendre en cuisine. Nous avancerons l’idée que la présence du père fait qu’une certaine « hiérarchie » se met en place lorsqu’il est présent, et que chacun des autres membres à donc un rôle avec des « devoirs » précis a respecter.


Il n’est pas rare que le père rentre vers les 9 heures du soir, voir bien plus tard si ce dernier va manger à l’extérieur avec des collègues de travail ou des amis. Mais en général ce dernier mange le soir avec le reste de sa famille. Sa femme et ses filles devront attendre son retour pour commencer à manger, et donc attendre encore deux heures environ. Durant cette période « d’attente », les fillettes vont enchaîner les différentes activités ensemble pendant que leur mère dans un premier temps regardera la télévision ou fera de la lecture, puis dans un second temps commencera à préparer le dîner. Durant ce moment, bien souvent ses deux filles intriguées par ce que fait leur mère viendront la regarder, voir lui demander si elles peuvent l’aider dans la préparation du repas. À ce moment, la mère leur sortira la vaisselle et leur demandera d’installer la table, ce qu’elles feront avec joie. Il a été noté qu’avec le temps, la mère fera plus souvent appel à l’aîné de ses filles pour l’aider dans

certaines de ses tâches. Une sorte « d’aide de camp » mais surtout pour lui enseigner indirectement comment gérer son futur foyer. Notons également que sa

fille ne refusera jamais d’aider sa mère abandonnant facilement le jeu qu’elle était en train de faire avec sa petite sœur.


Arrive enfin le retour tant attendue du père chez lui, son épouse va sortir de la cuisine pour lui souhaiter un bon retour chez lui et lui demander si sa journée n’a pas été trop fatigante. Ses deux filles vont quant à elle se précipiter sur leur père en lui souhaitant également un bon retour. A ce moment, la femme endosse de nouveau son rôle de femme. Rôle qui est « hiérarchiquement » dans son esprit au-dessus de celui du rôle de mère. Elle devra comme ce matin habillement jouer ces deux rôles. Et pendant qu’elle finira de préparer le dîner, son mari s’installera devant la télévision. À ce moment précis, sa femme viendra lui apporter une bière fraîche et un verre lui demandant comment sa journée s’est déroulée. Nous entrons à présent dans une période « à part » pour l’ensemble de la famille. Cette période est marquée par un « décontracta général » de tous les membres de la famille y compris de la femme. La conversation qu’elle tiendra avec son mari sera une conversation qui ne tient plus en compte la hiérarchie familiale. La femme pourra facilement donner des conseils à son mari ou même lui faire des reproches ; bien entendu atténués. Cette conversation sera entre coupées par les cries de ses filles qui chahutent avec leur père.


Ce phénomène est assez déconcertant, car va à l’encontre de la hiérarchie en place dans la famille japonaise que nous avons décrite juste avant. À ce moment précis et jusqu’à l’heure de se coucher, cette « décontraction générale » restera présente. Nous pouvons même dire que se « décontractement général » est tout simplement dût au faite qu’il n’y a plus pression venant de l’extérieur et donc qu’il est possible d’être « soi même ». Ainsi, cette image de l’époux froid et du père autoritaire n’est simplement qu’une image qu’il n’est pas nécessaire de garder le soir, en famille. Le matin tout ceci n’est pas possible, car simplement, il faut que le mari aille travailler et qu’il n’a pas le temps de se détendre à ce moment. Même si la femme est plus libre à ce moment, elle gardera ses deux rôles et fera bien attention à ne pas « aller trop loin ». Par ailleurs, son mari lui fera la remarque, et lui dira d’être plus détendu ou bien de laisser leurs filles chahuter à table. Ce moment de détente est possible seulement parce que la figure dominante du père autorise inconsciemment cela. Mais même si ce dernier sort d’une journée assez pénible, il a été relaté qu’après avoir discuté de sa journée avec sa femme, il commence à se détendre pleinement. Ainsi, la femme a bien entendu un rôle d’épouse au sein de la famille au Japon, mais une épouse active qui s’implique « pleinement » dans sa famille et dans son couple, non pas parce qu’il s’agirait de son rôle, mais bien parce qu’elle le désire.


Bien entendu, il faut remarquer qu’il en va de même pour son époux, cela est moins flagrant certes, mais il n’hésitera pas à faire la cuisine, à s’occuper de ses filles lorsque sont épouse est malade ou absente. Il est vrai qu’il n’est pas « sûr » de chacun de ses actes par manque d’expérience, mais il s’investira totalement dans ce rôle de « femme ». La femme est le pilier central de sa famille. Sans elle, c’est tout le foyer qui s’effondrerait. C’est pour cela que son mari tentera du mieux qu’il pourra de

la remplacer lors de ces périodes. Nous développerons cette idée lors de notre conclusion.


Les repas du soir varient tous les jours et tiennent en compte les différentes saisons, s’il y a la présence d’invités ou encore s’il s’agit d’un jour de fête. Ainsi, il est rare de voir un même plat revenir plusieurs jours d’affilés. En sachant que les quantités préparées par la femme sont d’une rare précision, et qu’il y a que très rarement des restes du repas de la veille dans le frigo le lendemain. Plus qu’une simple connaissance de la quantité de nourriture que chacun peu manger en un repas, la femme connaît parfaitement les goûts de chacun des membres de son foyer ce qui lui permet d’ajuster les quantités selon le plat qu’elle désir préparer le soir. De plus, même s’il prépare des repas que nous pouvons estimer « équilibrés » et « sains », elle fera attention à ne mettre un quelconque légume ou un assaisonnement que n’aimeraient pas une de ses filles ou son époux. Elle veillera entre autres durant le repas que ses filles mangent bien leurs légumes et ne rajoutent pas trop de sauce sucrée dans leur riz. Ainsi, nous pouvons noter que la femme est en quelque sorte chargée du bien-être physique de sa famille, du respect d’un certain l’équilibre alimentaire lors des repas pris le soir.


Notons aussi que pendant le repas du soir, la femme va perdre ce rôle « serveuse » qu’elle avait lors du petit-déjeuner. Son mari se resservira lui-même à manger et à boire, ainsi que ses filles. Même si celle-ci continue de surveiller que tout soit bien mangé, et que chacun ne rajoute pas trop de sauce. Elle n’hésitera pas à faire la même remarque à son mari qui l’écoutera. Nous reviendrons sur ce fait un peu plus loin. Par contre si le mari doit aller à la cuisine pour reprendre une bière dans le frigo, il demandera à sa femme ou à sa fille aînée de la lui apporter. Frontière symbolique qui marque la limite de son domaine. Notons une chose ici, c’est le fait que les Japonais boivent de l’alcool le soir uniquement. Cela est dût au fait qu’il y a bien ce phénomène de « décontractement ». Nous ne nous attacherons pas plus sur ce fait qui sort du cadre de notre étude. Précisons simplement que le soir épouse et époux boivent ensemble de la bière lors du dîner.


Le dîne bien évidemment se passera devant une émission familiale à la télévision. Et pendant que le reste de sa famille finira de regarder l’émission, la femme va sans déranger le reste du groupe débarrasser seule la table, la nettoyer et faire la vaisselle. Si elle ne fait appel à l’aide de à sa fille aînée à ce moment c’est sans doute parce qu’elle estime qu’elle a elle aussi le droit de se continuer de se détendre. Plus qu’une reconnaissance du travail accomplit aujourd’hui à l’école, il s’agit ici d’une simplement attention de mère envers l’une de ses enfants. Précisons que dans d’autres familles où le père participe pleinement aux corvées ménagères, la femme insistera là encore pour que son époux se détente pendant qu’elle finira de ranger. Ne restera ainsi que sur la table base que les verres des deux époux et une bière.


Aux alentours de 10 heures trente du soir, la femme va demander à ses deux filles d’aller se coucher. A ce moment, précisons que le père va devoir confirmer cet ordre pour que les deux fillettes se lèvent et lui disent bonne nuit avant de partir dans

leur chambre. Même si la mère est une forme « d’autorité » pour ses enfants, lorsque le père est présent l’autorité de la mère passe au deuxième plan de « l’autorité suprême » du père. C’est-à-dire que lorsque les deux parents sont présents, c’est le mari qui aura le dernier mot. La mère donnera les ordres, mais pour qu’ils soient respectés le père devra confirmer ceux-ci à chaque fois. Ce phénomène ne s’applique pas dans toutes les familles au Japon, la mère peut parfois mener d’une « main de fer » son mari et ses enfants. Elle a alors une autorité absolue sur la famille, comme nous pouvons le voir dans certaines familles dans les pays occidentaux. Précisons également que la situation où l’épouse est « l’autorité suprême » et l’époux « l’autorité de deuxième rang » a été relevée dans d’autres familles. Nous reviendrons plus en détail sur ce point durant notre conclusion.


Alors que son époux finira de boire sa bière tout en regardant la télévision, sa femme va reprendre son rôle de ménagère. Elle va dans un premier temps s’occuper de la vaisselle pendant que ses filles se changent et se mettent au lit. Quelques minutes après, elle ira leur souhaiter bonne nuit. Elle vérifiera par ailleurs, si les uniformes propres pour le lendemain sont bien à leur place. Elle redescendra ensuite au salon pour s’occuper à présent des affaires de son mari. Notons cette chose : la femme prend vraiment soin de l’ensemble des membres de sa famille, elle s’implique « physiquement » et « émotionnellement » pour elle.


Juste après avoir souhaité bonne nuit à ses filles, la femme va s’occuper des affaires de son époux se trouvant encore dans l’entrée. Elle va vider le linge sale, et le préparer pour le lendemain comme elle l’avait fait la vieille. Une fois le sac fin près et complet, elle le déposera à l’endroit habituel près de la porte. Après cela elle ira s’installer près de son mari et regardera la télévision avec lui. Ce dernier ira se coucher une heure après environ, lorsque sa femme le lui conseillera. Ainsi après avoir nettoyée une dernière fois la table, elle coupera la télévision et ira le rejoindre. Et le lendemain, ce cycle recommencera de nouveau pour elle.



Conclusion


Tout au long de notre étude, nous avons relevé de nombreux éléments qui nous permettent de mieux comprendre la position de la femme au sein de la famille au Japon. Nous pouvons affirmer que le rôle fondamental de la femme est de s’assurer du bon fonctionnement de son foyer, du bien-être physique et psychologique de chacun de ses membres permettant ainsi leur épanouissement complet. Elle s’investira alors totalement pour sa famille, passant dans son esprit au second plan par rapport à eux. Il s’agit à la fois d’un rôle important, mais aussi d’un rôle assez contraignant pour la femme. Tel un « chef d’orchestre », la femme doit « harmoniser » l’ensemble de sa famille pour qu’une « parfaite mélodie » en sorte. Mais si quelque chose ne fonctionne pas « correctement » dans sa famille, s’il y a en quelque sorte un « mauvais accord », elle sera directement mise en cause et on lui reprochera facilement de ne pas mettre tout en œuvre pour que son foyer fonctionne « correctement ». La femme est responsable de son foyer, mais également de l’image de celui-ci. Image qui est sans cesse jugée par les personnes extérieures du foyer. Comme le souligne Ruth Benedict dans son livre Le Chrysanthème et le Sabre, le Japon est une société qui fonctionne sur le système de la honte. Cette honte « extérieure » qui est engendrée par le jugement de personnes extérieures au foyer, va devenir une honte « intérieure ». Malgré de temps qui c’est écoulé, la société japonaise a gardé ce mode de fonctionnement, qui est bien ancré dans les esprits des femmes japonaises.


Nous pouvons ici revenir sur le fait que l’enclave de la maison est une barrière « impénétrable » qui permet à chacun des membres de la famille d’être « libre ». En fin de compte, le soir est un moment privilégié pour toute la famille où chaque membre peut pleinement se détendre, sans se soucier de l’image qu’il donne. Et donc, la femme ne se souciera plus autant de l’image de son foyer. C’est pour cela que le moment des repas du soir sont vraiment une période « Hors Normes ». Ce système a perduré dans le temps par le biais de l’éducation que transmet la mère à ses enfants. Comme nous l’avions dit précédemment, elle va reproduire la même éducation qu’elle a reçue durant son enfance. Mais aujourd’hui ce mode de transmission est en train de s’effacer peu à peu. Les influences d’une « éducation parentale occidentale à deux» font que le père est de plus en plus actif dans les familles japonaises. Les nouvelles générations reçoivent ainsi une éducation japonaise moins « traditionnelle », et transmettront ce « modèle » à leurs futurs enfants. Même si la famille « traditionnelle » japonaise est en train de muter, elle ne fait que devenir une nouvelle forme de « la famille japonaise ». Ainsi, celle-ci conservera plusieurs aspects culturels « traditionnels » et donc ne mutera pas complètement. Même si elle subit l’influence de la mondialisation, la famille japonaise reste avant tout « une famille japonaise » avec des traditions culturelles qu’elle conserve et protège avec ardeur. Traditions qui font d’elle « une famille japonaise ».


Il est vrai que la majorité des familles japonaises reposent encore sur un système de type patriarcal, mais là encore une mutation est en train de s’effectuer sur la personne de la femme. Nous avons souligné lors de notre étude le fait que la

femme était un pilier central de la famille, si ce n’est LE pilier central de celle-ci. Et il semble que prenant conscience de ce rôle, la femme gagne de plus en plus de pouvoir en défaveur de son mari. Prise de conscience grâce à la vision de « la femme occidentale » qui influence de plus en plus les nouvelles générations. Ainsi même si le mari conserve son « autorité suprême » dans sa famille et que la femme n’est que « l’autorité secondaire », elle exerce un certain pouvoir sur son époux. Et ce dernier approuvera sans discuter ses différents ordres. Voyons la femme comme une sorte de « Richelieu » alors que son époux serait « Louis XIV ». Le mari détient le pouvoir « absolu » et possède l’image symboliquement du « roi » mais c’est sa femme qui « gouverne » en réalité le « royaume » : le foyer. Sans elle, ce foyer qu’elle aura bâti avec le temps ne peut fonctionner.


Cette image est assez terne. Elle ne laisse pas entre voir que la femme a un lien « émotionnel » très fort avec ses filles, mais également avec son mari. Il n’est pas rare de voir sa cadette venir dans ses bras, il n’est pas rare non plus de la voir essuyer le visage de son aîné. Il n’est pas rare non plus de la voir embrasser sur la joue son époux. Il ne faut pas s’attacher à l’apparence extérieure que donne la femme au Japon. Bien au contraire, il faut aller plus loin pour voir ce qu’elle est réellement : une Femme qui s’occupe de son mari et de ses enfants, qui s’investit pour eux, mais conserve une certaine indépendance. Elle assume pleinement son rôle d’épouse et de mère, sans pour autant faire une croix sur sa vie de Femme. Même si elle applique quotidiennement une « doctrine » qui est : mon mari, mes enfants et Moi, c’est une femme active qui travaille pour une entreprise se nommant : Famille.


1 Ruth Benedict (1887-1948) : anthropologue américaine et élève de Franz Boas, père de l’anthropologie aux États-Unis. Elle fait parti du courant des anthropologues culturalistes comme Lévi Strauss, courant qui s’attache à ne pas juger et critiquer une société par rapport à une autre société qui serait un modèle de base, rompant ainsi avec l’anthropologie évolutive qui hiérarchise chaque société par rapport à une société  «  blanche » qui se trouverait au sommet de cette pyramide hiérarchique.


2 Tatamis ( ) : couches de paille de riz superposées et entrecroisées, et enfin compressées.


3 Kendô ( 剣道 ): Art martial japonais qui est une forme d’escrime qui se pratique avec un sabre à deux mains en bambou et une armure. Des officiers de police vont en plus de leurs fonctions obligatoires exercer le « métier » d’instructeur de sport au sein du commissariat. Ce poste d’instructeur est considéré comme honorifique au Japon.


4

5 Futon ( 布団) :Les futons japonais sont plats, d’une épaisseur de 5 à 10 cm et recouverts de coton et de matière synthétique. Ils se composent d’un matelas, d’une couette et d’un oreiller rempli avec des haricots ou perles en plastiques .


6 Au Japon, le port de l’uniforme scolaire est obligatoire pour tous les établissements publics ou privés.


7 Bentô ( 弁当 ) :Il s’agit d’une boîte contenant un repas complet pour le déjeuné des enfants. L’intérieur du bentô est compartimenté en différents plats. Un thermos de thé vient s’ajouter à cela.


8 Drama ( ドラマ ) : Séries télévisées qui touchent divers publics, ici il s’agit de drama qui passe vers le midi et qui se tourne vers un public féminin. ( racontant les « aventures » d’une famille « typique » la plupart du temps ).


9 Yakiniku ( 焼肉 ) : Restaurant où l’on fait griller de la viande sur une grille chaude devant nous. Il s’agit d’une sorte de restaurant grillade.


14



Download this book for your ebook reader.
(Pages 1-21 show above.)