Théories de l’ethnicité
de Philippe Poutignat et Jocelyne Streiff-Fenart
Philippe Poutignat ingénieur d’étude au CNRS, membre du Soliis-Urmis 1, qui travaille dans différents domaines qui vont de la sociologie du langage à l’analyse des situations d’interaction de la vie quotidienne ; et Jocelyne Streiff-Fenart directeur de recherche au CNRS, responsable de l’équipe Soliis-Urmis à l’université de Nice-Sophia Antipolis, qui travaille sur les relations interethniques, ont publié en 1995 : Théories de l’ethnicité, paru aux éditions PUF.
Ce livre d’environ deux cent cinquante pages se compose d’une préface écrite par Jean-William Lapierre, d’une introduction, d’une première partie formée de six chapitres ( eux-mêmes divisés en dix-huit sous-ensembles, possédant chacun un titre ), d’une conclusion et d’une deuxième partie. Cette deuxième partie est en fait une traduction d’un texte de Fredrick Barth 2: Les groupes ethniques et leurs frontières, faits par Jacqueline Bardolph, Philippe Poutignat et Jocelyne Streiff-Fenart. Ce texte qui est l’introduction d’un ouvrage collectif dirigée par l’auteur : Ethnic groups and boundaries. The social organization of culture difference, paru en 1969. Les deux auteurs vont dans cet ouvrage à travers la présentation et la critique de différents principes d’époques, mais aussi de courant de pensée, nous inviter à réfléchir sur le concept : d’ethnicité. De son fondement aux différents problèmes qu’il engendre actuellement.
Dès le début de l’ouvrage, Philippe Poutignat et Jocelyne Streiff-Fenart vont différencier l’ethnologie de la sociologie. L’ethnologie se base sur le bagage culturel des individus alors que la sociologie s’attache à l’étude la place de l’individu dans la société. Ils nous expliquent qu’il ne faut pas faire l’erreur de définir une ethnie comme un groupe de personne ayant un même mode de vie, car cette idée n’est autre que le concept de groupe social de la sociologie. De plus, le concept d’ethnie ne doit pas être confondu avec le terme : nation. La nation en effet se définit comme : une grande communauté humaine, le plus souvent installée sur un même territoire et qui possède une unité historique, linguistique, culturelle et économique plus ou moins forte. Pour les deux auteurs, la nation est une mosaïque de plusieurs groupes qui possèdent des similitudes et des différences. Celle-ci se constitue de plusieurs ethnies culturelles . Ainsi, les sociétés ne sont que des ensembles de sous sociétés ethniques. Le sens même du mot ethnie change selon les différents pays, il est donc difficile dans faire une définition précise. Mais une chose est certaine : le mot ethnie fait référence à la culture dans tous les sens du terme et non à l’idée de race. Il n’est donc pas possible d’associer une ethnie à un territoire bien délimité.
La revendication de certains individus à l’appartenance à une ethnie est un phénomène moderne, résultat de la mondialisation. Ce phénomène naît de l’affirmation d’un passé commun, réunissant ainsi des individus différents qui partagent un même passé, des mœurs et des coutumes communs. Il est tout à fait possible d’identifier une ethnie en passant par la langue ou la religion selon Philippe Poutignat et Jocelyne Streiff-Fenart. Le sentiment d’appartenance à un groupe ethnique naît de l’idée que les différents individus du groupe ont une même « origine». Cette origine est mythologique, voir historique. Ainsi, l’ethnie se définit par des mythes anciens pour s’affirmer comme « ethnie ». Et ces mythes anciens seront perpétués de génération en génération, créant un sentiment d’appartenance sociale. L’organisation du groupe est elle-même unificatrice, mettant l’accent sur la dimension intellectuelle et subjective du groupe. Il en résulte une relation de « Eux » et « Nous » entre l’ethnie et les personnes extérieures au groupe.
Ainsi, une ethnie va avoir des symboles compréhensibles à la fois pour tous les membres du groupe, mais aussi pour les personnes extérieures au groupe. Dissociant parfaitement les « deux » groupes par ce processus. L’ethnie se construit toujours en opposition avec des autres personnes extérieures au groupe et donc par un phénomène d’exclusion. L’intensification des interactions propre au monde moderne serait la cause de ce phénomène, engendré par une nostalgie de l’ethnicité des descendants. Ainsi lorsque les différences sont quasi indiscernables grâce au brassage urbain, que « l’ethnie » est à présent assimilée dans une vie culturelle commune, qu’il y a eu une pénétration et une fusion des divers groupes, et que le métissage a enrichi la vie culturelle des groupes : une sorte « unification culturelle », que ce phénomène apparaît.
Le titre du livre : Théories de l’ethnicité, est simple et explicite. Le mot « théorie » est suivi d’un « s » ; ainsi Philippe Poutignat et Jocelyne Streiff-Fenart nous indiquent clairement qu’il n’y a pas une théorie sur l’ethnicité, mais des théories sur l’ethnicité. Par ailleurs, ils s’attacheront durant tout le texte a cette idée, et ne proposeront donc pas lune définition unique du concept d’ethnie. Ils vont tenter de nous faire comprendre ce concept en faisant argumentation perspicace et convaincante. Dans ce but, les deux auteurs vont reprendre de nombreux travaux de diverses époques et auteurs, comme ceux de Balibar3, Wallerstein4, … et vont à chaque fois présenter et argumenter une théorie ou une étude, puis souligner les points qui leur semblent être correct et ceux qui ne le semblent pas. Pour faciliter la
lecture du livre, ce dernier est soigneusement divisé en chapitre, mais aussi en sous-chapitres par thème ou idée. Il est donc impossible au lecteur de perdre le fil du texte. Chaque sous-partie possède un titre qui pose une « mini » problématique que les deux auteurs vont expliquer. Ils finiront à chaque fois par une « mini » conclusion claire et précise de cette « mini » problématique. D'autre part, le vocabulaire employé est simple, compréhensible pour n’importe quel lecteur qu’il soit spécialiste ou non. S’il y a l’emploi de références spécifiques ou l’utilisation d’un vocabulaire technique, une note de page nous permet de comprendre cette référence ou le sens de ce vocabulaire. Durant leur argumentation les deux auteurs vont citer à de nombreuses reprises une étude de Fredrick Barth se nommant : Ethnic groups and boundaries, traduit en français par Les groupes ethniques et leurs frontières. Et dans le but de faciliter compréhension du lecteur, ils vont ajouter après la conclusion du livre, une traduction de ce texte.
Le livre Théories de l’ethnicité de Philippe Poutignat et Jocelyne Streiff-Fenart est un ouvrage facile à lire et à comprendre. Les deux auteurs nous présentent différentes études et théories, et vont rompre avec une présentation classique en subdivisant chaque chapitre en sous-chapitres. L’ajout dans une dernière partie du texte de Frederick Barth est une très bonne idée qui permet aux lecteurs de lire un texte qui fondateur de l’anthropologie actuelle. Théories de l’ethnicité est un excellent ouvrage pour les spécialistes et pour le grand public.
1 Soliis-Urmis : Unité de Recherche Migrations et Société, laboratoire spécialisé dans l’étude des migrations et des relations interethniques. Il s’agit de l’association entre le CNRS et les universités Paris Diderot et Nice-Sophia Antipolis.
2 Fredrick Barth : Né en 1928 à Leipzig en Allemagne, il obtient son doctorat de l’université de Cambridge en 1957, et écrira plusieurs textes ethnologiques et anthropologiques dont : Principles of Social Organization in Southern Kurdistan, Nomads of South Persia ( 1961 ), Ethnic groups and boundaries ( 1969 ) et Balinese Worlds Balinese
3 Etienne Balibar ( 1942 - ), philosophe et universitaire français qui enseigna jusqu’en 2002 à l’Université Paris X Nanterre où il était professeur de philosophie politique et morale. Il est actuellement professeur de français, d’anglais et de littérature comparée. Il est actuellement professeur de français, d'anglais et de littérature comparée, et affilié au département d’anthropologie de l’Université de Californie à Irvine aux États-Unis.
4 Immanuel Wallerstein (1930 - ), maître de conférence jusqu’en 1971, date à laquelle il devient professeur de sociologie à l’Université McGill à Montréal. Il travaillera par la suite en tant que professeur de sociologie à l’Université de Binghamton ( SUNY ) jusqu’à sa retraite en 1999.
3