Excerpt for Leçon sur la leçon de Pierre Bourdieu, fiche de lecture by Gengis Mey, available in its entirety at Smashwords

Leçon sur la leçon

de Pierre Bourdieu



Pierre Bourdieu ( 1930-2002 ), sociologue français et fondateur d’une sociologie critique de la modernité qui publiera plusieurs petits livres abordant des sujets divers dont : Leçon sur la leçon, en 1982 aux éditions de minuit. Il s’agit d’une leçon inaugurale prononcée le vendredi 23 avril 1982 au Collège de France.


Ce livre d’une quarantaine de pages va nous présenter une définition assez complète de la sociologie. L’auteur citera des grands noms durant son explication comme Durkheim1, Georges Canguilhem2, Michel Foucault3, Hegel4, Sartre5, … autant de spécialistes de différentes matières et époques dont il reprendra certains discours pour argumenter le sien. Il utilisera aussi plusieurs exemples, de la vie courante à la mythologie grecque, pour imager son texte et le rendre à la fois plus compréhensible et vivant. Pierre Bourdieu définit ainsi la sociologie comme « une science de l’institution » qui a pour mission, ou plutôt devoir, de retranscrire des actes ou des discours « purs ». Il entend par « purs » non pas sans aucun jugement, ce qui reviendrait à dire « brut », mais une retranscription d’une impeccabilité objective, épurée de tous ressentiments ou influences venant de l’extérieur.


Pour l’auteur il ne s’agit pas d’une science qui puisse décider de la vérité, une science qui trancherait entre le vrai et le faux dans cette recherche de « pureté ». Il définit la sociologie comme une science qui n’est pas de la science, c’est-à-dire une science différente des autres sciences comme par exemple la biologie, la chimie ou encore la médecine. Sciences qui se basent sur des acquis et dont chaque réaction aura toujours le même résultat, résultat dût toujours à une même réaction entre des mêmes composants. Mais selon lui, la sociologie a la particularité de devenir une science comme les autres, c’est-à-dire que la sociologie elle aussi après de nombreuses années d’études, pourra toujours associer à une relation avec un même résultat, résultat dût toujours à une même réaction entre des mêmes composants.

Pierre Bourdieu va ainsi nous présenter dans cette définition de la sociologie le rôle qui lui incombé. Elle doit à travers une analyse précise et complète des rapports entre un parti « vrai » et un parti « faux » établir une logique bien précise de la lutte entre le parti « vrai » et le parti « faux ». Et ainsi établir « les chances » que chaque

parti a. Toujours selon l’auteur, la sociologie est une science de « self-déception », car celle-ci permettrait de dévoiler à chacun les mensonges collectifs entretenus et encouragés par la société. Elle doit être attentive aux relations pertinentes, le plus souvent invisibles ou inaperçue au premier regard. Elle doit appréhender un nombre de plus en plus étendu d’objets, c’est-à-dire de faits entre les individus, avec un nombre de plus en plus réduit de concepts et d’hypothèses. Mais la sociologie ne doit pas outre passer les limites de sa science, et en temps que science, elle n’a pas pour but de servir les politiques. Son but initial étant simplement d’analyser et de comprendre les interactions entre les hommes.


L’auteur emploiera aussi les mots : art et vertu, pour définir la sociologie. Il utilise ainsi un autre type de lexique pour pouvoir mieux exprimer et mieux faire

comprendre cette définition. Il dit d’elle, qu’il s’agit d’un art de penser des choses totalement différentes comme semblables dans leur structure et leur fonctionnement,

et de transférer ce qui a été établi à propos d’un objet construit. Dans un lexique totalement différent, il s’agit d’une vertu libératrice qui permettrait de nous libérer ou plutôt de détruire les voiles de mauvaise foi de la société et des déterminismes de la science.


L’auteur nous invite à connaître les difficultés et les critiques que la sociologie subit de la part des politiques, mais aussi des sciences. Pour Pierre Bourdieu, certaines personnes critiquent la sociologie en tant que science, car ces personnes ont besoin « des ténèbres de la méconnaissance » pour exercer leur « commerce symbolique ». Il nous explique que certains individus assouvissent d’autres personnes en les maintenant dans l’ignorance. La sociologie va avoir des effets démoralisants et désenchanteurs sur ce « commerce symbolique », c’est-à-dire apporter des connaissances aux individus leur permettant de comprendre et ainsi les faire sortir des « des ténèbres de la méconnaissance ». La sociologie est ainsi à la fois séduite et opprimée. Opprimée, car apportant des réponses aux hommes les rendant libres, mais aussi séduite, car pouvant donner l’illusion aux hommes d’être libre alors qu’ils ne sont que de nouveau assouvis. C’est pour cela qu’elle doit refuser de servir un état, un parti, une personne. Mais selon l’auteur, ce refus laisse la place à « la fausse science ». Elle est accusée de proscrire ou de prescrire, alors qu’elle n’a que pour but de retranscrire.


Cette définition de la sociologie n’est pas continue. Pierre Bourdieu va facilement passer de cette définition de la sociologie à d’autres sujets divers pour mieux nous faire comprendre ce qu’il entend par sociologie. Entre outre, il va nous parler de : la leçon sur la leçon, définissant une des propriétés l'est plus fondamentale de la sociologie selon lui. Ainsi toutes propositions peuvent et doivent s’appliquer au sujet qui fait la science. « Une sociologie de la sociologie » qui permet ainsi de contrer la science se faisant acquit de la science déjà faite. C’est-à-dire, faire de la sociologie contre sa formation autant qu’avec sa formation. Créer des principes qui vont à la fois faire avancer la sociologie, mais aussi la faire reculer en remettant en cause des anciens principes de celle-ci. En reprenant une expression de Durkheim : « la

société, c’est Dieu », il définira la société comme : « Dieu ce n’est que la société ». Il précisera aussi que tout sacré à son complémentaire profane, disant de l’exclusion sociale qu’il s’agit de la forme concrète de l’enfer et de la damnation.


Celle-ci dispense à des degrés différents les justifications et les raisons d’exister à l’homme. Ainsi c’est la société, donc le groupe, et non Dieu qui impose sa volonté sur les hommes. Pierre Bourdieu va aussi longuement nous parler du système hiérarchique que l’homme s’impose à lui-même, en prenant exemple sur la classe dite « prolétaire » à l’époque de Karl Marx6. Ainsi cette classe prolétaire, en cherchant à être reconnu comme classe prolétaire ne faire que reconnaître qu’il y a une classe bourgeoise. Et ainsi, les individus de cette classe prolétaire vont s’imposer à eux-mêmes une hiérarchie. La société n’est donc que la réunification de plusieurs groupes différents, groupes qui vont se hiérarchiser entre eux en cherchant à se faire reconnaître.


Il parlera aussi de Martial Guéroult qui aimait citer cette phrase de Descartes7 : « Je n’approuve point qu’on tâche à se tromper en se repaissant des fausses imaginations. C’est pourquoi, voyant que c’est une plus grande perfection de

connaître la vérité, encore même qu’elle soit à notre désavantage, que de l’ignorer, j’avoue qu’il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissances », l’associant à une citation de Marcel Mauss 8: « La société se paie toujours elle-même de la fausse monnaie de son rêve ». Pierre Bourdieu sous explique ainsi qu’il vaut mieux connaître la réalité et en être désolé que de ne rien savoir et être heureux. Il s’appuiera sur les travaux de Sigmund Freud9, qui explique pourquoi l’homme refuse une réalité traumatisante pour lui, ce qui engendre une violente réaction de résistance. Et ne reculant pas devant la contradiction pour tenter de préserver son identité propre, identité fondée sur la « conciliation des contraires ». Les dernières pages du livre vont conclure le texte en associant ce principe à la sociologie, car celle-ci en libérant l’homme des « ténèbres de la méconnaissance » va le sortir de certaines illusions qui sont à la base de son identité, mais remettant en cause ainsi jusqu’à son identité. L’homme sera libre, mais malheureux en s’apercevant de ses erreurs. Mais celui-ci peut aussi, ne supportant pas cette remise en cause de son identité, replonger volontairement dans les « ténèbres de la méconnaissance ». La société construit des illusions, mais elle est sans cesse ramenée à la dure réalité.


Mais qu’entend Pierre Bourdieu lorsqu’il reprend cette idée philosophique et la réutilise pour la sociologie. En quoi la fameuse allégorie de la caverne exposée par Platon10 dans son livre : La République, peut-elle être reprise par sociologie. L’allégorie de la caverne nous explique en détail comment l’homme vivant au fond d’une caverne sombre, mais partiellement éclairée, se créer tout « un monde » rien quand regardant des ombres passant sur le mur de la caverne et rien quand entendant des échos lointains. Et que si l’on mettait de force l’homme face à la

réalité, et s’il réussit à survire, car acceptant la réalité, il ne parviendra pas à convaincre les autres hommes que leur monde n’est qu’une illusion, une création collective. Si l’on reprend une définition de la sociologie prise dans un dictionnaire, celle-ci se définit comme : l’étude scientifique des interactions entre les hommes et ce qu’elles engendrent. Ainsi, ces interactions entre les hommes peuvent engendrer des illusions, et le but de la sociologie est d’analyser et de comprendre pourquoi de telles illusions ont été créées. Et tout comme Sigmund Freud et Platon, Pierre Bourdieu nous explique que l’homme, face à la réalité, va la réfuter pour préserver son identité, identité basée sur une réalité fausse. Cette fausse réalité étant entretenue volontairement pour d’autres hommes, car servant leurs intérêts.


Prenons un exemple historique : celui de Adolf Hitler et des nazis. Ceux-ci réussirent à prendre le pouvoir en se saisissant d’une illusion commune, celle qu’un groupe d’individu est responsable des malheurs des autres. Mais aussi en s’emparant d’une peur commune : la peur de la différence. Ainsi, ils réussirent à convaincre les Allemands que les personnes de religion judaïque étaient la source des problèmes économiques de l’époque. En entretenant cette illusion, ils servirent leurs propres intérêts, manipulant la population totalement aveuglée et maintenue dans cette illusion. La plupart des intellectuels de l’époque conscients de

cette illusion, s’engagèrent dans la résistance tentant de montrer au reste de la population que les idéaux des nazis n’étaient que des illusions. Ils n’accepteront pas

cette réalité même s’il y avait un camp de concentration tout près de chez eux. Il faudra les mettre de force fasse à la réalité, en les obligeants de visiter des camps de

concentrations et d’exterminations pour qu’ils voient qu’elle réalité était derrière cette « illusion ».

En prenant un autre exemple contemporain à présent, la création d’un produit. Le créateur va faire une étude sociologique sur un groupe ou des individus susceptibles d’acheter son futur produit. Il faut donner l’illusion à la personne que ce produit est fait pour elle. Il choisira certains motifs précis, ainsi que certaines couleurs pour que les individus étudiés se reconnaissent dans ce produit. Ainsi « l’effet de mode » est bien un cas sociologique. Ainsi il n’est pas fantaisiste d’associer l’allégorie de la caverne et sociologie. Bien au contraire, car l’allégorie de la caverne est un exemple type « d’analyse sociologique » sur un groupe d’individu si on ne se base que sur sa description.


Lorsque l’auteur parle de la société, il l’a décrit comme un Dieu, ou plutôt que « Dieu n’est que la société ». Car pour lui la société est déjà capable de créer, juger et condamner les hommes. Lorsque l’homme a créé la société, pensait-il la faire devenir un Dieu ? La sociologie est une science, comme la plupart des sciences, qui ne reconnaît pas l’existence de Dieu. Il s’agit pour elle que d’une création de l’homme pour rationaliser certaines choses inexplicables, une sorte de « fantasme » de la société. Dieu n’est Dieu que parce que des hommes le reconnaissent ainsi. Mais Pierre Bourdieu parle surtout ici de jugement social de la société. Celle-ci sait être reconnaissante envers ceux qui la servent, bannir ceux qui ne la respectent pas. C’est en ça, qu’elle exerce des mêmes fonctions de Dieu en possédant une sorte de jugement « divin » sur tous les hommes.



Il est très dur de comprendre dans un premier temps le livre de Pierre Bourdieu. Il est nécessaire, voir obligatoire, de le lire attentivement plusieurs fois pour commencer à entrevoir son sens. Et même le titre du livre paraît dans un premier temps flou et mystérieux. Comprendre le sens du texte paraît donc impossible pour un non-spécialiste qui ne connaîtrait pas l’auteur et ses nombreux travaux. L’auteur ne va pas, comme « traditionnellement », présenter puis argumenter cette idée de : leçon sur la leçon, mais il va « s’éparpiller », en expliquant plusieurs sujets à la fois, pour construire son argumentation. Il est donc facile de perdre le file de sa pensée. Mais Pierre Bourdieu va beaucoup illustrer son texte et l’expliquer de différentes façons le rendant ainsi plus compréhensible et plus accessible pour un public de non-spécialiste. Leçon pour la leçon, reste une grande leçon de sociologie pour un public de non-spécialiste mais surtout de spécialiste.


1 David Emile Durkheim ( 1858-1917 ), sociologue français et l’un des fondateurs de la sociologie moderne.


2 Georges Canguilhem ( 1904-1995 ), philosophe et épistémologue français dont les principales œuvres sont Le Normal et le pathologique ( 1943 ) et La Connaissance de la vie.


3 Michel Foucault ( 1926-1984 ), philosophe français, dont ses divers concepts ( concepts du micro pouvoirs, concept du bio pouvoir, … ) influença des mouvements contestataires français.


4 George Wilhelm Friedrich Hegel  ( 1770-1831 ), philosophe allemand, célèbre pour son analyse de la dialectique du maître et de l’esclave, qui eu une grande influence sur le marxisme.


5 Jean-Paul Charles Aymard Sartre ( 1905-1980 ), philosophe et écrivain français, connu pour son engagement politique et ses paradigmes philosophies que l’on regroupe sous le nom de : existentialisme.


6 Karl Marx ( 1818-1883 ), philosophe, économiste et révolutionnaire allemand, célèbre pour sa critique du capitalisme et de sa vision de l’histoire comme résultat des luttes des classes, idée fondatrice du marxisme.


7 René Descartes ( 1596-1650 ), mathématicien, physicien et philosophe français, qui est considéré comme le père de la philosophie moderne.


8 Marcel Mauss  ( 1872-1950 ), sociologue et ethnologue français, qui est considéré comme le père de l’ethnologie française.


9 Sigmund Freud ( 1856-1939 ), psychanalyste autrichien qui fondera les bases de la psychanalyse.


10 Platon ( -428- -347 ), philosophe grec dont les analyses sont les piliers de la philosophie occidentale.


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