LEGENDES INEDITES D’AFRIQUE
by
Dallys-Tom Medali
SMASHWORDS EDITION
* * * * *
PUBLISHED BY:
Dallys-Tom Medali on Smashwords
Légendes inédites d’Afrique
Copyright © 2010 by Dallys-Tom Medali
Book cover original acrylic painting by Carmen G. Junyent
Discover other titles by Dallys-Tom Medali at Smashwords
All rights reserved. Without limiting the rights under copyright reserved above, no part of this publication may be reproduced, stored in or introduced into a retrieval system, or transmitted, in any form, or by any means (electronic, mechanical, photocopying, recording, or otherwise) without the prior written permission of both the copyright owner and the above publisher of this book.
This is a work of fiction. Names, characters, places, brands, media, and incidents are either the product of the author's imagination or are used fictitiously. The author acknowledges the trademarked status and trademark owners of various products referenced in this work of fiction, which have been used without permission. The publication/use of these trademarks is not authorized, associated with, or sponsored by the trademark owners.
Smashwords Edition License Notes
This ebook is licensed for your personal enjoyment only. This ebook may not be re-sold or given away to other people. If you would like to share this book with another person, please purchase an additional copy for each person you share it with. If you're reading this book and did not purchase it, or it was not purchased for your use only, then you should return to Smashwords.com and purchase your own copy. Thank you for respecting the author's work.
* * * * *
PREFACE
La nuit s'étend sur la savane. Au bord du fleuve, le chant des rameurs s'est perdu dans les palétuviers. La chaleur de la journée s'estompe, on respire l'air du soir. Les frangipaniers embaument, et les femmes, enfin posent leurs jarres. L'hygiène ricane, tandis que sagement, les enfants se pressent autour du foyer. C'est l'heure où les conteurs prennent le relais, avec leurs histoires qui se transmettent de génération en génération, rappelant aux villageois leur condition humaine. Des histoires d'hommes et de femmes, avec leurs faiblesses, leur force, leurs vertus ou leurs défauts. Envoutements, jalousie, cupidité, ingénues bernées qui, finalement, gagnent la partie, femmes méchantes et hommes couards, perte des récoltes, désespoir et magie, mariage et fêtes, tous les ingrédients y sont réunis. C’est la vie. Chut!!! Ecoutez. La voie du conteur défie le silence.
Les contes africains mélangent à l’infini histoires d’animaux, hyène traîtresse, lion dont la force n’est plus à démontrer, caméléon qui se déguise à loisir, et vie des hommes, prédateurs ou victimes. Un peu comme les fables de La Fontaine… Hélas, les fables de La Fontaine ne se racontent plus.
Les griots et les conteurs seraient-ils amenés à disparaître, comme nos troubadours d’autrefois ? Avec la civilisation occidentale qui avance et étend ses tentacules un peu partout sur la planète, il est temps de se poser la question et de s’en inquiéter. Que deviendront les contes de l’Afrique si, un jour, ses traditions, comme celles de nos provinces, venaient à être évincées par une supra puissance planétaire, ramenant chaque contrée à une unique mémoire ? Cela ressemble à de la science-fiction… Et pourtant la menace est bien là. Heureusement, certains écrivains africains, hier et aujourd’hui, ont transcrit et transcrivent encore ces traditions orales, pour qu’elles ne se perdent jamais.
Dallys-Tom a réuni quarante légendes inédites, dans un recueil ou se côtoient princesses-araignées, buffles, singes, chats, rats, tortues, hommes sages et sorcières - et tant d’autres qu’on ne peut pas tous les citer - mystères et réalité. Souhaitons-lui bonne chance et bon vent dans cette entreprise de sauvetage de la tradition. Un recueil qui plaira autant aux africains qu’aux français (il est écrit en français) ou au reste du monde, car les valeurs qui y sont défendues sont universelles.
Bernadette Boissié-Dubus (Ecrivain française)
********
LEGENDES AFRICAINES INEDITES : RECUEIL DE CONTES
1- La femme qui avait deux peaux
Samba Ier était un puissant souverain du royaume de Toukourou. Il combattit et conquit tous les pays avoisinants, exterminant toutes les personnes âgées de ces pays. Quant aux bras valides, ils étaient réduits en esclavage et travaillaient dans les plantations, jusqu’à leur dernier souffle.
Samba avait deux cent femmes dans son harem, mais aucune ne put lui donner un héritier. Comme il avançait en âge, ses sujets le supplièrent d’épouser une des filles de l’araignée afin de s’assurer une descendance. En effet, l’araignée et toute sa lignée étaient réputées pour le nombre impressionnant d’enfants, jumeaux, triplets et quadruplets et même plus, qu’elles faisaient. Le roi finit par accepter la proposition de son peuple et épousa Adiaha, une fille de l’araignée, mais elle était noire, laide et hideuse. Etant aussi une épouse royale, elle devait rester dans son harem. Malheureusement, les autres épouses la trouvaient insupportable à cause de sa vilenie. Elles déclaraient unanimement ne pas pouvoir vivre avec la dernière venue. Le roi lui fit donc bâtir une somptueuse demeure isolée, une maison avec des tiges fraiches de bambous. On lui servait des nourritures, des boissons et toutes choses nécessaires, en même proportion que les autres épouses.
Tout le royaume se moquait secrètement de la nouvelle femme du roi. Mais en réalité, contrairement aux apparences, elle n’était pas laide. Elle était née avec deux peaux. En dessous de sa vilaine carapace, elle était une magnifique créature. Sa mère lui avait fait jurer de ne jamais ôter sa vilaine peau, avant que le moment propice ne soit venu. Toutefois, elle pouvait le faire en secret pendant les nuits, à condition de se transformer à nouveau avant le lever du jour.
Un soir, malheureusement, la reine principale qui épiait sa nouvelle rivale par une fente de la maison, découvrit le stratagème. Elle vit combien elle était belle et devint folle de jalousie. Elle pensait que si le roi la voyait sous sa vraie apparence, il en tomberait très amoureux et renverrait probablement toutes les autres concubines chez elles. La reine alla donc trouver un charlatan et lui offrit deux cents pièces de cauris afin qu’il prépare une potion magique capable de faire oublier définitivement au roi que la fille de l’araignée faisait partie de ses épouses. Apres beaucoup d’hésitations et un marchandage du tarif, le charlatan lui remit une fiole noire. Arrivée au palais, elle mélangea le contenu de la fiole avec le repas du roi. La potion fonctionna pendant quelques mois. Le roi, même lorsqu’il passait à côté de sa nouvelle épouse, ne la reconnaissait pas. Au bout de quatre mois, le roi n’avait toujours pas honoré son épouse. Fatiguée d’attendre sa nuit nuptiale et découragée par le désintérêt du roi et les querelles des autres femmes, Adiaha retourna alors dans la maison de son père l’araignée.
Devant la gravité de la situation, l’araignée conduisit sa fille chez un autre charlatan. Apres les sacrifices usuels, ce dernier découvrit que la situation avait été engendrée par la reine principale qui avait envoûté son mari le roi pour détourner son attention de la jeune fille. Il confectionna aussi une potion qu’Adiaha devait se débrouiller pour servir au roi afin qu’il se souvienne à nouveau d’elle.
On dit souvent que le chemin le plus court qui mène au cœur d’un homme est son estomac. Après quelques heures à la cuisine, Adiaha retourna donc au palais et présenta le succulent met qu’elle avait préparé au roi. Celui ci le mêla aux autres plats, mangea et aussitôt se souvint d’elle. Rassasié et joyeux, le roi la convoqua dans sa chambre pour la tombée de la nuit: la première depuis leur mariage. Elle alla toute heureuse se baigner à la rivière et revêtit ses plus beaux vêtements, avant de retourner au palais. Le soleil se coucha plus vite que d’habitude. Adiaha entra dans la chambre du roi et enleva sa vilaine peau. Ils passèrent une agréable nuit. Au petit matin, elle replaça la peau laide et retourna chez elle.
Elle se rendit ainsi chez le roi pendant quatre nuits successives. Les deux cent épouses du roi ne comprenaient pas ce qui se passait, car elle avait à leurs yeux, la même apparence désagréable qu’auparavant. Ce qui les agaça le plus fut la naissance d’un fils. Un seul beau et fort enfant : ce que cherchait ardemment le roi depuis si longtemps. Pour compliquer davantage la situation, des rumeurs disaient que la sœur aînée d’Adiaha avait accouché de cinquante enfants en même temps pour sa seconde maternité. Ce qui signifiait que si la fille de l’araignée continuait de dormir avec le roi, ce serait bientôt toute une basse-cour de princes héritiers qu’elle offrirait au roi.
La reine principale était furieuse, car elle n’avait jamais été capable d’enfanter. Elle alla retrouver son féticheur pour qu’il prépare une décoction qui ferait oublier au roi, son fils nouveau-né, et de plus le rendrait malade. Selon son plan, elle le conduirait ensuite chez le féticheur qui lui dirait que sa maladie était due à son nouvel enfant qui ambitionnait de l’éjecter du trône, et que la seule façon pour lui de survivre serait de jeter cet enfant maléfique dans la rivière.
Tout se déroula comme la reine avait prévu. Apres avoir empoisonné le roi, celui-ci tomba malade et dut se rendre chez le féticheur corrompu, qui lui répéta exactement les instructions données par la reine. Au départ, le roi était réticent, mais ses sujets le convainquirent de jeter cet enfant supposé être la cause de sa maladie. Peut être, au bout d’un an, il aurait la chance d’avoir un autre héritier. Le roi prit le bébé et le jeta à la rivière. Adiaha pleura longuement son enfant au bord du cours d’eau. Elle pleura tellement que la rivière faillit sortir de son lit.
La reine principale parvint à détourner Adiaha de l’esprit du roi pendant les trois années qui suivirent. La jeune fille passa toute cette période à faire le deuil de son enfant en se lamentant et en priant. La troisième année, il vint à l’esprit de son père l’araignée, d’aller consulter son fameux féticheur. Ce dernier, quoique discret et peu connu, était le plus puissant du royaume. Il vivait sous la rivière et travaillait avec les esprits des eaux. Il résolut facilement le problème et Adiaha retourna auprès du roi. Très vite, elle fut de nouveau en état de grossesse et enfanta d’une fillette belle comme elle même et forte comme son père le souverain.
La même jalousie et les secrètes machinations firent se répéter l’histoire. Une fois encore, l’histoire se répéta et après beaucoup d’hésitations, le roi jeta son deuxième enfant. Il était malheureux mais il se disait qu’il n’avait pas le choix.
Or, le féticheur de l’araignée avait sauvé à chaque fois l’enfant jeté à la rivière. Il hébergea les deux enfants et prit soin d’eux. L’aîné du roi était maintenant un brave homme, et sa physionomie était identique à celle de son père. A cette époque, une grande compétition de lutte avait été organisée par le roi pour commémorer une grande fête culturelle. Les lutteurs les plus courageux et les plus musclés du royaume étaient convoqués. Le brave garçon s’inscrivit aussi. Au jour choisi, tout le royaume s’assembla sur la grande place pour assister aux duels. Le roi siégeait au milieu de l’assemblée, sur son trône, la reine principale installée à sa droite. Le féticheur prépara convenablement le garçon et l’assura de ne rien craindre. Avec le gris-gris qu’il lui avait remis, même le plus expérimenté et le plus redoutable des lutteurs ne lui résisterait pas pendant plus d’une minute.
Le vainqueur devait repartir avec une grande quantité de cadeaux et une forte somme d’argent. Lorsque la foule vit le gamin, ils se moquèrent de lui car ils pensaient qu’il allait se faire broyer par ses adversaires dont les gros biceps étaient aussi impressionnants qu’effrayants. Il ressemblait étrangement au roi, mais la foule considéra cela comme une simple coïncidence.
Le top fut donné pour les combats, et très tôt, le fils du roi se fit remarquer. Les joutes durèrent toute la journée et au coucher du soleil, il fut déclaré vainqueur. Il bastonna sauvagement ses adversaires : jambes tordues par ci, bras cassés par là. Il les avait tous démolis, mais il leur laissa la vie sauve.
Toute l’assistance le félicita, et le roi l’invita au palais. Il accepta l’offre et se rendit au palais royal après un bon bain. A table, autour du repas, il se tenait à coté de son propre père qui ne le connaissait pas. A sa gauche, la reine jalouse, instigatrice de tous les problèmes, mangeait en toute quiétude. Il y avait aussi présents autour de la table, les favorites du roi et les grands notables. La reine lui faisait les yeux doux. Elle se disait : ‘’Ce jeune homme est fort, beau et désormais célèbre. Ce serait bien d’en faire mon mari, car le roi est vieux et mourra bientôt.’’ Le fils du roi qui était autant rusé que fort, devinait le petit jeu de la reine. Il savait aussi à qui il avait affaire, car le féticheur lui avait raconté toute l’histoire des mésaventures infligées à sa mère, la fille de l’araignée. Il ne rejeta pourtant pas les avances de la reine ; mais il se garda aussi d’accepter explicitement.
Comme l’heure avançait, le jeune prince s'excusa auprès du roi et retourna chez lui. Une fois à destination, il narra l’intégralité de la journée à son père adoptif, le bon féticheur. Satisfait du travail bien accompli, celui-ci lui déclara : ‘’Maintenant que tu es l’ami du roi, tu iras le voir demain pour lui demander une faveur. Tu le supplieras de réunir tout le peuple afin qu’une affaire criminelle soit élucidée. Le ou la coupable sera puni de mort devant tout le monde.’’ Le lendemain, le roi accepta instantanément sa requête et l’assemblée fut convoquée. Sur proposition du féticheur, il alla se présenter à sa mère, en lui précisant que ce jour, elle ôterait sa vilaine peau en présence de tout le royaume, car l’heure de vérité était venue.
A l’heure convenue, Adiaha s’assit parmi la foule, dans un angle. Personne ne reconnut la splendide inconnue comme la fille de l’araignée. Le fils du roi vint s’installer à côté de sa mère. Lorsque cette dernière vit sa sœur qu’il emmena avec lui, elle reconnut sa fille adorée qu’elle avait longtemps pleurée comme morte.
Après tout le monde, le roi et sa grande épouse s’assirent sur les rochers au milieu de l’aire. Le roi prit la parole et expliqua à l’auditoire qu’il avait convoqué la réunion suite à une requête du jeune homme sorti victorieux de la dernière compétition de lutte traditionnelle. « Une tête devra tomber obligatoirement : celle du jeune homme s’il s’avérait qu’il a tord ; mais s’il avait raison, alors celle du responsable de l’offense sera tranchée, peu importe que ce soit moi le roi, ou l’une de mes épouses. Justice sera faite. »
Le roi se rassit et le jeune homme s’avança vers le centre. ‘’Regardez-moi !’’ Commença t-il, ‘’ne suis-je pas digne d’être le fils d’un roi ?’’ Tout le peuple acquiesça à l’unisson. Il prit sa sœur par la main et la montra. ‘’Et celle-ci ? N’est-elle pas digne d’être la fille d’un roi ? Voyez comme elle est belle !’’ Le peuple déclara qu’elle était capable d’être la fille de n’importe qui, même celle du roi. Il fit lever sa mère et la montra au public dans les quatre directions. ‘’Cette femme n’est-elle pas digne d’être l’épouse d’un roi ?’’ Le peuple qui n’avait jamais vu une femme aussi svelte, fine et belle, se mit à crier ‘’Oui, oui’’ à tue-tête. Pointant du doigt la jalouse reine, le brave lutteur narra toute l’histoire : Comment sa mère, la fille de l’araignée avait deux peaux ; les maltraitances et harcèlements infligées par la grande reine, les nombreux empoisonnements du roi avec la complicité d’un méchant charlatan, le sauvetage et l’adoption des enfants jetés à l’eau par le féticheur de la rivière, les avances de la reine à son endroit lors du diner royal. Pour conclure son intervention, il ajouta : ‘’Voilà les événements qui se sont déroulés. Si je me suis rendu fautif en quoique ce soit, que ma tête soit tranchée. Mais si vous trouvez que les agissements de notre chère reine furent malsains, rendez la justice ; toi le grand roi et vous tous ici présents.’’
Heureux de retrouver ses enfants qu’il croyait à jamais perdus, et fier de l’éloquence et de la bravoure de son fils, le roi remit la méchante reine aux bourreaux pour la traiter selon leurs lois. Ils l’emmenèrent avec eux dans la forêt. Elle fut reconnue coupable de sorcellerie et fut ligotée à un arbre pour recevoir deux cents coups de fouets confectionnés avec des queues d’hippopotame. Ensuite, ils la brûlèrent vive.
Le roi embrassa sa famille et éleva Adiaha au rang de reine principale. Un immense festin de cent soixante cinq jours fut organisé, et le roi prit une loi condamnant à la peine capitale, toute femme qui utiliserait un filtre d’amour ou quelque autre poison contre son mari. Il fit aussi construire trois luxueuses résidences pour son fils, sa fille et son épouse. La famille royale et l’ensemble du royaume vécurent dans la prospérité et la paix, puis un jour le roi trépassa, remplacé par son valeureux fils qui régna à sa place.
********
2- Le tam-tam magique
Efriam Duke fut un grand roi de Calabar. Il était un homme pacifique et détestait la guerre. Il possédait un magnifique tam-tam qui avait le pouvoir dès qu’on le battait, de faire apparaître des vivres et des boissons en importantes quantités. Lorsqu’on lui déclarait la guerre, il rassemblait tous ses protagonistes et se mettait à jouer de son tam-tam. Alors, à la surprise générale, au lieu de combattre et de s’entre-tuer, les troupes trouvaient des tables pleines de toutes sortes de délicieux repas, poisson fumé, fufu, sauce graine, manioc grillé, ragout d’ignames, viande de gibier rôti, et beaucoup d’outres de vin de palme pour tout le monde. C’est de cette manière qu’il restaurait la quiétude et renvoyait ses adversaires chez eux, l’estomac plein et le cœur joyeux. Toutefois, la possession de ce tam-tam avait un seul sérieux inconvénient. Si jamais le détenteur du tam-tam en marchant sur la voie traversait un quelconque bâton ou une branche, ou s’il enjambait un arbre abattu, tous les mets s’altéraient et trois cents revenants apparaissaient immédiatement pour chicoter le propriétaire du tam-tam et tous ses invités.
Efriam Duke était très fortuné. Il avait beaucoup de fermes, des greniers remplis, des tonneaux d’huile de palme et des centaines d’esclaves. Il avait aussi cinquante ravissantes épouses. En plus d’être belles, elles étaient sages et fertiles et lui avaient offert tout un bataillon d’enfants bien éduqués et robustes.
Tous les trimestres, le roi invitait à un grand festin, tous ses sujets, y compris les animaux sauvages. Les éléphants, les hippopotames, les zèbres, les antilopes et les léopards. Tout le monde assistait aux fêtes, car en ces temps, il n’y avait pas de palabres, les hommes et les bêtes vivaient en amis. Tous les habitants du royaume et tous les animaux convoitaient le tam-tam du roi, mais celui-ci ne voulait pour rien au monde s’en débarrasser.
Un matin, Ikwor Edem, une des épouses du roi, prit sa fille pour la nettoyer dans un ruisseau, car le contact avec des pelages d’igname lui causait de virulentes démangeaisons. Juste au bord du ruisseau, la tortue était juchée sur un palmier et croquait des noix pour calmer sa faim matinale. Une des noix tomba de l’arbre aux pieds de la petite fille. Attirée par la belle couleur orangée de la noix, elle en demanda à sa mère qui s’affaissa, la ramassa et la lui remit. Quand la tortue vit cette scène, elle descendit immédiatement de l’arbre et demanda qu’on lui retourne sa belle noix de palme. La femme répondit que sa fille l’avait déjà mangée.
La tortue sentait une opportunité qu’elle pouvait exploiter afin d’arracher au roi son tam-tam magique. Elle déclara donc à la dame : ‘’Je ne suis qu’une pauvre affamée. J’ai difficilement grimpé sur ce palmier pour essayer de trouver de quoi nourrir ma famille et vous osez me voler ma noix ? Je me plaindrai au roi, je lui dirai qu’une de ses épouses m’a volé ma nourriture, et je verrai sa réaction. Tout le monde sait que c’est une sérieuse offense selon nos coutumes.’’
Ikwor Edem lui répondit : ‘’Je n’ai jamais volé votre nourriture. J’ai trouvé la noix sur le sol, et pensant qu’elle était tombée toute seule du palmier, je l’ai donnée à ma fille. Mon mari, le roi est un homme riche et puissant, vous pouvez vous plaindre si vous le voulez.’’
Elle baigna sa fille, et dès qu’elle eut fini, elle conduisit la tortue devant son mari et lui raconta l’incident. Après avoir bien écouté, le roi demanda à la tortue, ce qu’elle voulait en compensation du dommage subi. Il lui proposa de l’argent, des vêtements, de gros régimes de palme. Mais la tortue refusa tout cela. Le roi lui demanda alors de dire elle-même ce qu’elle voulait, qu’il allait lui donner tout ce qu’elle voudrait. La tortue montra du doigt le tam-tam, en expliquant que c’était la seule chose qu’elle voulait. Le roi lui remit volontiers le tam-tam, mais sans la mettre en garde contre les dangers encourus, les totems, les comportements à ne pas avoir. Par exemple, il ne lui expliqua pas qu’il ne fallait jamais passer par-dessus un bois ou un arbre couché.
La tortue était très contente de son exploit. Elle porta triomphalement le tam-tam magique à sa femme à la maison et lui dit que désormais il serait super-riche et ne travaillerait plus jamais. Toutes les fois qu’il aura besoin de manger ou de boire, il lui suffira de battre le tam-tam pour être convenablement servi.
Sa femme et ses enfants accueillirent favorablement la nouvelle et lui demandèrent de faire une démonstration puisqu’ils avaient tous très faim. Ce fut un grand plaisir pour la tortue d’exaucer ce vœu, puisqu’il avait lui même le ventre à sec. Il joua le tam-tam comme il avait toujours vu le roi en jouer. Les repas apparurent et ils mangèrent à satiété, ils mangèrent jusqu’à ce que la nourriture déborde de leur œsophage. Tout se passa bien pendant trois jours. La famille était devenue obese et grasse, tellement ils mangeaient.
La tortue voulut montrer au grand jour sa puissance. Elle invita donc tout le royaume à un festin grandiose chez lui. Beaucoup de gens se moquèrent de lui, car ils connaissaient sa misère. Quelques uns répondirent quand même à l’appel. Le roi aussi fut de la partie. La tortue joua du tam-tam et il eut suffisamment à manger pour tout le monde. L’assistance fut émerveillée, seul le roi comprenait ce qui se déroulait. La nouvelle de l’exploit réalisé par la tortue se répandit partout, et tous les absents regrettèrent amèrement d’avoir manqué une occasion de bien se goinfrer.
La tortue ne travaillait plus, elle se pavanait dans le pays, se saoulant à volonté, fêtant plusieurs fois par jour. Un jour, alors qu’elle se retournait complètement ivre de l’une de ses randonnées, elle se trompa de chemin et s’aventura à travers la forêt, par un sentier escarpé. Elle avait en effet bu beaucoup de bouteilles de vin de palme. Il advint qu’un bucheron avait abattu des acacias. Les troncs jonchaient le sol. En s’avançant, la tortue enjamba l’un des troncs. Elle se fraya un passage et rejoignit sa demeure. A peine arrivée, elle laissa tomber le tam-tam et se mit à ronfler, emportée dans un profond sommeil. Le lendemain au réveil, elle crevait de faim. Ses enfants et sa femme aussi l’attendaient impatiemment au pied du lit. Comme à l’accoutumée, elle prit son tam-tam et le battit. Malheureusement, en lieu et place des plateaux de mets raffinés et fumants, une horde de trois cents revenants apparurent et se mirent à les flageller sauvagement. Ils tabassèrent la tortue et toute sa famille pendant une journée entière, mais ils les laissèrent en vie.
La tortue était révoltée par ces événements. Elle voulut faire subir à ses compagnons de fête, le même sort, car elle se disait : ‘’S’ils prennent du plaisir à manger et boire quand je les invite, ils devront aussi expérimenter les mêmes déboires que moi. Il convoqua donc une fois encore, tous les animaux et tous les hommes du royaume, à une géante fête le lendemain dans l’après-midi.
Beaucoup de personnes répondirent cette fois-ci à l’appel. Ils ne voulaient pas rater une seconde fois l’opportunité de se régaler gratuitement. Ils vinrent donc massivement. Même les malades, les boiteux et les aveugles, demandèrent à être portés sur le dos jusqu’à la maison de la tortue. Quand la salle fut pleine, la tortue ferma hermétiquement les portes. Elle avait caché sa famille dans les montagnes. Tout le monde pratiquement était présent, sauf le roi et ses épouses qui s’étaient excusés. La tortue battit du tam-tam et alla se cacher dans un coin secret. Les revenants firent leur apparition et corrigèrent toute l’assistance. Certains furent si mal rossés, qu’on dut les tirer à même le sol pour les ramener chez eux. Seul le léopard se tira d’affaire, car dès qu’il vit les revenants il fit un bond par une fenêtre. Après quelques heures, la tortue reprit son tam-tam et le tapa d’une certaine façon et les revenants disparurent. Elle sortit alors de sa cachette et ouvrit les portes, amusée par le carnage.
La tortue décida le lendemain de restituer au roi, son tam-tam. Elle dit au roi qu’elle ne voulait plus de ce tam-tam, mais qu’elle préférait quelques esclaves ou des terres, ou encore l’équivalent en rouleaux de tissus. Le roi refusa sa requête, mais il lui proposa de lui montrer un arbre magique qui lui donnerait sa nourriture de chaque jour, à condition qu’il respecte certaines interdictions. La tortue consentit à l’offre du roi. L’arbre ne produisait des fruits qu’une fois par an, mais chaque jour, il faisait tomber miraculeusement du fufu et de la sauce. La condition était simple, le bénéficiaire devait s’approvisionner une fois par jour et ne plus y retourner avant le lendemain. Le roi lui indiqua l’emplacement de l’arbre. La tortue se prosterna en signe de remerciement et retourna à la maison.
Une fois chez elle, elle demanda à sa femme de prendre des calebasses et de la suivre jusqu’au fameux arbre. Les deux ramassèrent assez de fufu et de sauce pour toute la famille, pour une journée. Ils se régalèrent. Ce soir là, un de ses enfants, poussé par la curiosité lui demanda de lui révéler la provenance de la nourriture, puisqu’il n’avait plus de tam-tam. Il refusa de lui révéler le secret. Ayant retenu la leçon de leur précédente mésaventure, la femme renchérit en disant : ‘’Si jamais nous lui disons, poussé par la gourmandise, il y retournera après notre approvisionnement réglementaire. Et un malheur pourrait nous arriver.’’
Le garçon était décidé à parvenir à ses fins. Les précautions que prenaient la tortue afin de s’assurer que personne ne le (ou la) suive, ne le découragèrent point. Il mit au point un plan stratégique. Son père partait s’approvisionner avec un sac dans lequel il mettait une calebasse. Le garçon perça le sac après y avoir mis de la cendre; ensuite, il replaça la calebasse en place. Le lendemain à l’aube, le père sans plus faire attention accrocha le sac en bandoulière et se dirigea vers l’arbre. La cendre se rependit le long du trajet, traçant ainsi l’itinéraire, sans que le père ne s’aperçoive de rien ; et le fils le suivait en gardant une distance de sécurité et en se cachant de temps en temps dans les buissons. Il vit donc comment procédait son papa, puis s’empressa de rentrer sagement avant son retour. A la tombée de la nuit, il alla commettre son forfait. Une fois profanée, l’arbre magique disparut de la forêt.
Le lendemain, la tortue fut surprise de ne pas retrouver l’arbre. Il y avait à son exact emplacement, juste un marécage bordé d’un parterre d’épines. Point d’arbre, point de fufu. Il retourna chez lui en colère et réunit toute sa famille. Tous nièrent être retournés auprès de l’arbre après son passage matinal. Il les emmena alors au marécage et leur dit : ‘’ Ma chère famille, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour vous procurer l’abondance, mais vous avez détruit le sort et fait disparaître l’arbre magique. Désormais, nous vivrons ici en nous débrouillant.’’ Ils construisirent leur nouvelle maison au bord du marécage. C’est depuis ce jour que les tortues vivent à cet endroit.
********
3- L’épouse du roi
Tiamou était un bel adolescent d’Oyo. Fils unique de ses parents, il était très aimé par eux. Mais comme ils étaient vraiment pauvres, ils ne lui léguèrent rien. Lorsqu’il atteint l’âge auquel on quitte la maison pour trouver sa propre route, Tiamou parvenait difficilement à survivre. Il se rendait tous les soirs au marché pour collecter dans son sac, tous les restes de nourritures qu’il pouvait trouver.
C’était sous le règne d’Oba Gogo. Il était déjà vieux, mais avait beaucoup de femmes. L’une d’elles nommée Attem, était encore fraiche et jeune. Elle était dégoutée par la sénilité de son mari et espérait rencontrer un homme beau et vigoureux. Attem envoya un jour, sa servante fouiner dans le marché et sur les places publiques, afin de lui ramener quelqu’un qui correspondait à ses critères de choix. Elle devait le faire entrer par une porte secrète, en prendre soin, et veiller à ce que son mari ne découvre rien.
La servante fit le tour de tout le royaume, sans trouver qui que ce soit, qui fusse aussi séduisant que le désirait la reine. Elle se retournait déjà lorsqu’elle aperçût aux abords du grand marché, un jeune homme qui ramassait à terre des débris. Subjuguée par sa belle apparence, elle osa difficilement s’approcher de lui. C’était l’amant idéal pour sa maitresse. Elle lui dit que la reine avait besoin de ses services. Tiamou comprit instinctivement de quoi il s’agissait. Il refusa donc, ne voulant pas s’exposer aux foudres du roi. Toutefois, après de longues supplications, il céda, à la tombée de la nuit, et suivit la servante jusqu’aux appartements de la reine.
Tiamou frappa doucement à la porte entrouverte et fit son entrée. Au premier regard, la reine tomba amoureuse de lui. Elle lui donna de l’eau et des vêtements pour se nettoyer et se changer, avant qu’il ne la rejoigne. Il resta toute la nuit.
Au petit matin, la reine refusa de laisser partir Tiamou. Elle le garda chez elle pendant deux semaines, en dépit du danger, en lui convoyant secrètement de la nourriture et en le visitant chaque soir. Enfin, Tiamou se résolut à prendre des nouvelles de sa mère. La reine le fit suivre d’une impressionnante quantité de présents, destinés à la mère. Cinquante ânes bien chargés de toutes sortes de biens précieux, tirés par dix esclaves, constituaient la dot. La maman de Tiamou fut heureuse de revoir son garçon bien portant et suivi d’une aussi importante cargaison. Mais elle se ressaisit automatiquement en apprenant leur provenance. La loi était formelle. Quiconque s’attirait les faveurs d’une des nombreuses épouses du roi, était destiné au gibet.
Tiamou resta avec ses parents pour un mois, à travailler dans la plantation familiale. Mais la reine, qui n’en pouvait plus de se passer de son amant, le convoqua à nouveau. Il la rejoignit et la même histoire recommença. Un des esclaves qui furent chargés de transporter les marchandises offertes par la reine à sa belle famille, commit l’imprudence de révéler l’affaire à un garde du roi. Celui ci parvint à surprendre un soir, pendant la nuit profonde, Tiamou dans les bras de la reine. Il courut alerter le roi qui découvrit en flagrant délit, le couple d’imposteurs. Tiamou fut jeté en prison, avant d’être remis aux bourreaux après son jugement en public. Ayant appris la nouvelle, la reine passa cinq jours et cinq nuits à gémir. Cela agaça le roi qui demanda à ce qu’on fasse subir à elle et à sa servante, le même sort qu’à Tiamou. Le roi fit interdire définitivement l’accès du marché aux membres de la famille de Tiamou. Il fut aussi interdit de ramasser les restes du marché. Seuls le vautour et le chien reçurent une dérogation car il était peu probable qu’ils aillent détourner une épouse du roi. C’est pourquoi vous les voyez jusqu’à ce jour, faire le ménage après le départ des vendeuses.
********
4- La mystérieuse étrangère.
Mbotu fut un fameux souverain de la vieille cité de Calabar. Il aimait la guerre et gagnait toujours à cause de son habileté et de ses tactiques. Il faisait beaucoup de prisonniers qu’il réduisait à l’esclavage. Cela lui permit de s’enrichir, mais dans le même temps, il s’était fait beaucoup d’ennemis. Les peuples Itu lui en voulaient particulièrement et souhaitaient véritablement le faire périr. Toutefois, étant beaucoup moins entrainés et ne disposant pas d’assez d’armes, il leurs était impossible de le vaincre au combat. Ils décidèrent donc de recourir aux forces occultes. Il y avait dans leur royaume, une terrible sorcière, vieille comme la terre. Elle avait le pouvoir de se changer en tout ce qu’elle voulait. Tout le royaume fut ravi lorsqu’elle proposa de s’occuper du cas de Mbotu. Ils lui promirent toutes sortes de cadeaux si elle réussissait sa mission.
La sorcière se changea en une ravissante jeune fille et cacha un couteau bien tranchant dans son corsage. Elle se rendit secrètement dans le royaume rival de Calabar et demanda audience auprès du roi. En ce temps, se déroulaient dans le royaume des festivités en l’honneur du dieu des récoltes. Les gens regroupés, festoyaient et dansaient. Oyaikan la sorcière fit son entrée dans la ronde et séduisit toute l’assistance par ses déhanchements. Tout le monde faisait son éloge. Certains disaient qu’elle était belle comme un coucher de soleil. La nouvelle parvint aux oreilles du roi, qui avait la réputation de se régaler de toutes jeunes filles fraiches qu’il croisait. Il convoqua aussitôt l’étrangère. Dès qu’il l’aperçut, il la désira tellement qu’il demanda à l’épouser le jour même. Oyaikan en fut ravie, car elle ne s’attendait pas à atteindre ses buts aussi aisément.
Elle prépara un repas dans lequel elle versa un puissant somnifère. Après un bon bain, elle rejoignit la demeure du roi qui se délecta du met que lui servit la belle créature. Aussitôt finissait-il de manger qu’il fut emporté dans un puissant sommeil.
Au beau milieu de la nuit, alors que tout le royaume était profondément endormi, elle sortit son couteau et trancha la tête du roi, qu’elle rangea dans un sac de jute. Elle se retira de la chambre, barricada la porte derrière elle et se rendit tout droit dans son royaume d’origine, sans inquiétude. De retour à Itu, elle présenta la tête devant son propre roi. Celui ci pour tirer profit de la situation, organisa une offensive militaire pour le lendemain. Ses hommes attaquèrent la cité de Calabar par surprise, à bord de canoës.
Mbotu se réveillait généralement avant tout le monde. L’heure était avancée et il n’avait toujours pas fait son apparition. Tout le peuple en était inquiet. La reine mère alla frapper à la porte du roi, mais aucune réponse. Elle répéta encore, puis se résolut à faire défoncer la porte. Elle appela donc du renfort. Quand ils entrèrent, ils virent le roi gisant sur son lit tout couvert de sang, dépourvu de sa tête. Tous les témoins se mirent à crier et à gémir. La belle inconnue avait disparu, mais personne ne songea à faire le lien avec les royaumes voisins. Le peuple n’était pas préparé pour combattre. Pendant que le royaume se préparait pour l’inhumation de son roi, les rivaux d’Itu attaquèrent par surprise et les décimèrent. Beaucoup périrent et les autres furent faits prisonniers.
MORALE : Ne vous amourachez jamais d’une inconnue, quelle que soit sa beauté.
********
5- La chauve-souris
Gbédja le rat de brousse et Aflifli la chauve-souris étaient de grands amis. Ils jouaient et se restauraient ensemble, mais la chauve-souris jalousait le rat de brousse. La chauve-souris était douée pour la cuisine. Comme ses mets étaient délicieux, le rat lui demandait chaque fois, la recette secrète qu’elle employait. Aflifli répétait sans cesse : ‘’J’entre dans de l’eau bouillante et j’y reste jusqu’à ce que je cuise. Alors, la soupe est bonne.’’ Elle proposa même de lui faire une petite démonstration. Elle prit un vase d’eau froide qu’elle fit passer pour de l’eau bouillante. Elle y sauta puis en ressortit aussitôt, avant d’aller servir la soupe, succulente comme à l’accoutumée. Hélas, le rat s’était laissé berner. De retour chez lui, il promit à son épouse de réussir une soupe encore meilleure que celle de la chauve-souris. Il lui demanda donc de faire bouillir de l’eau. Pendant que l’épouse s’affairait dans une autre pièce, le rat sauta dans la marmite et mourut au bout de quelques minutes.
En apercevant le cadavre de son mari dans la marmite, l’épouse du rat, prise d’une colère virulente, se plaignit au roi qui ordonna d’emprisonner la chauve-souris. Pour ne pas subir sa sentence, la chauve-souris s’envola dans les confins de la brousse. Elle échappait à tous ceux qui essayaient de l’attraper. Toutes ses anciennes habitudes furent abandonnées. Elle attendait par exemple la nuit profonde, lorsque tout le royaume dormait pour passer s’alimenter. C’est pour cette raison que vous ne verrez jamais une chauve-souris se promener dans la journée.
********
6- La fille et le squelette.
Dans la région de Kilibo, vivait un homme appelé Gbetoénonmon. Il avait une ravissante fille convoitée par toute la contrée. Tous les jeunes gens rêvaient d’épouser Vovononbakin. Les demandes en mariage affluaient de toute part, avec des présents et des promesses de dot plus importantes les unes que les autres. Même les vieillards, se bousculaient comme des mouches autour d’une tache de miel. En dépit des arguments de ses parents, la demoiselle rejetait systématiquement tous les prétendants. Elle disait attendre l’homme le plus beau de tout le royaume, et que lui seul serait digne de l’épouser. Il est vrai que les favoris de ses parents étaient de très riches fermiers avancés en âge, mais sans attrait physique.
Il y avait dans les collines, un mauvais esprit nommé Koukpanvi. Il apparaissait dans les villages, tantôt sous la forme d’un squelette vivant, tantôt sous l’aspect d’un hideux fantôme. Lui aussi entendit parler du charme de la fameuse vierge de Kilibo. Il décida d’aller l’éprouver et de devenir son époux si possible.
Pour ce fait, Koukpanvi alla auprès de ses amis humains pour emprunter les différentes parties de leur corps. Il tria les meilleures pièces pour faire l’assemblage. Chez l’un, il emprunta une belle tête ; chez un autre son robuste tronc ; chez un troisième, il prit une paire de mains musclées et agiles. Chez le dernier, il reçut une grande paire de jambes bien souples. Le tout donna un ensemble parfait. On aurait dit une merveilleuse sculpture en bois de teck.
Koukpanvi se rendit donc au marché, où Vovononbakin supervisait l’étalage de sa mère. Il se tenait dans des cachettes depuis lesquelles, il passait d’entières journées à contempler la demoiselle. Cette dernière aussi, apprit à la volée qu’un beau jeune homme rodait dans le marché. Elle passa aussitôt le marché au peigne fin. Lorsqu’elle vit Koukpanvi dans sa beauté d’emprunt, elle en tomba amoureux et l’invita chez elle à la maison.
Vovononbakin le présenta à ses parents et leur expliqua qu’elle voulait coûte que coûte l’épouser. Comme il s’agissait d’un étranger, ses parents refusèrent de consentir à cette union ; mais puisque leur fille insistait, ils agréèrent. Il vécut avec eux pendant deux jours et manifesta le désir de retourner dans sa patrie avec son épouse. Aucune mise en garde ne vint à bout de l’obstination de la jeune mariée. Elle accepta de suivre le bel inconnu. Quelques jours après leur départ, Gbetoénonmon dans son inquiétude alla consulter un devin qui lui fit savoir que son gendre était un fantôme, et que sa fille allait probablement être tuée. Accablé par cette nouvelle, il retourna auprès de sa famille, et ils pleurèrent ensemble leur fille perdue.
Apres des semaines de marche sans relâche, Koukpanvi et son épouse arrivèrent à la frontière entre le monde des esprits et notre monde. Ils y entrèrent. Quelqu’un vint réclamer ses jambes, un autre demanda ses bras. Le troisième reprit son buste et le dernier récupéra sa tète. En un instant, le séduisant jeune homme avait cédé la place à un répugnant fantôme. Prise de panique, Vovononbakin se mit à réclamer ses parents, mais Koukpanvi lui déclara qu’il était trop tard.
Après quelques heures supplémentaires de marche ils arrivèrent à une cabane qui n’était rien d’autre que la maison du fantôme. Ils virent sa mère, une très vieille femme complètement édentée : la mère de Koukpanvi. Elle devait souffrir de paralysie car elle n’arrivait ni à se lever, ni à faire quoi que ce soit. Vovononbakin l’assistait du mieux qu’elle pouvait, en puisant de l’eau, en faisant le ménage et la cuisine. La vieille créature était très touchée par son comportement et s’attacha beaucoup à sa personne.
Un jour, la vieille appela Vovononbakin et l’informa de la nature des habitants de la région où ils se trouvaient. Ils étaient tous des cannibales et essaieraient par tous les moyens de la dévorer s’ils apprenaient qu’une créature humaine était installée dans la maison. Elle dissimula donc Vovononbakin afin qu’elle ne soit pas découverte, et lui promit de la faire retourner chez elle, le plus tôt possible, à condition qu’elle ne désobéisse plus jamais à ses parents. Vovononbakin jura de respecter à l’avenir, ses parents.
La vieille mère demanda à l’araignée de venir tresser sa bru de la manière la plus somptueuse, car elle était en ce temps là, la meilleure coiffeuse du coin. Elle la para aussi de vêtements richement brodés, et convoqua le vent du sud pour qu’il la conduise dans la maison de ses parents. Une violente tornade se présenta, volontaire pour transporter la belle, mais la mère la renvoya. Une douce brise se manifesta ensuite. La mère lui confia la fille et lui fit les dernières recommandations. Le vent la déposa chez elle.
Lorsque les parents de Vovononbakin la virent, ils furent comblés de joie, car pendant des mois, ils pensaient l’avoir définitivement perdue. Le père de Vovononbakin étala des peaux de bœuf sur tout le chemin pour que les pieds de sa fille ne foulent point le sable. Une grande fête fut célébrée. Chants et danses durèrent huit jours et huit nuits. Les parents racontèrent toute l’histoire au roi qui interdit formellement à tous les parents du royaume, de donner la main de leurs filles à des étrangers de provenance inconnue. Le père de Vovononbakin donna sa main à l’un de ses amis, ce que la fille accepta naturellement. Ils vécurent heureux et eurent plein d’enfants.
********
7- L’homme et le coq
Adjintinnin était le souverain d’une petite enclave proche de la côte de Ouidah au Sud-Bénin. Il adorait les belles femmes, qui constituaient sa seule distraction. Dès qu’il en croisait une qui l’intéressait, il la faisait venir et la prenait en mariage. Il pouvait se le permettre car il s’était constitué une grosse fortune avec le commerce des esclaves. Il possédait de quoi satisfaire à n’importe quelle exigence faite par les parents de l’élue.
Il s’était de cette façon, offert un harem de plus de deux-cent cinquante épouses. Mais son appétit n’était toujours pas assouvi. Adjintinnin voulait vraiment faire main basse sur toutes les beautés de la région. Certains dignitaires de sa cour, avait même été chargés de s’occuper en permanence de la prospection. Un jour, ils vinrent lui dire que le coq avait une ravissante fille, une vierge exceptionnelle de loin supérieure en charme à toutes les autres reines. A ces mots, le roi convoqua le coq et lui annonça son intention d’épouser sa fille. Le coq vivait dans la misère. Il ne pouvait donc pas s’opposer à l’ordre du roi.
Le coq amena sa fille au roi qui séduit, la garda auprès de lui. Avant de repartir avec l’impressionnante dot qu’il avait reçu, le coq expliqua au roi, qu’il ne devait jamais oublier que Ablavi sa fille, avait des gènes d’ovipare. Elle pouvait se mettre à picorer à n’importe quel endroit où elle verrait des céréales dispersés. Le roi promit qu’il n’en serait pas offensé, tant qu’elle restait sa propriété. Il suffisait pour elle d’être l’épouse fidèle et appréciée du roi, quelque soit ce qu’elle mange.
Le roi aima tellement Ablavi, qu’il négligea ses autres épouses. Il trouvait qu’elle lui convenait merveilleusement et se sentait comblé dans ses bras. Elle aussi lui fit découvrir toutes sortes de fantaisies encore inconnues aux humains, même les moins imaginables. Tout cela créa une forte complicité entre eux. Il avait complètement oublié ses deux cent cinquante et poussière épouses. Il ne leur adressait même plus la parole. A peine les voyait-il lorsqu’elles passaient dans son voisinage. Mortes de jalousie et de rage, les anciennes épouses organisèrent une grande rencontre. Elles se détestaient mutuellement, mais maintenant, elles étaient rapprochées par leur haine commune pour la fille du coq. Ablavi était la seule à recevoir l’affection et les caresses du roi et cela révoltait le reste du harem.
Apres d’interminables discussions, une femme prit la parole. Elle était connue pour sa ruse, laquelle lui avait longtemps permis d’être la courtisane préférée du roi. C’était il y a bien longtemps, avant la venue d’Ablavi. Elle s’expliqua devant ses concubines : ‘’Après tout, celle dont nous parlons n’est-elle pas une femme de mauvaise descendance ? La fille du coq. Elle doit avoir conservé ses instincts primitifs. J’ai ouï dire qu’elle ne résiste jamais aux graines de maïs, où qu’elle les trouve. Cela me donne une idée très intéressante. Nous la discréditerons facilement aux yeux du roi.’’
Il y avait à trois reprises, tous les ans, une grande cérémonie d’hommage organisée en honneur du roi. Les sujets venaient de divers horizons offrir des présents au roi et lui réitérer leur allégeance. Une grande danse faisait suite aux révérences. Seules les meilleures épouses du roi étaient admises dans la ronde pour étaler leurs charmes à travers diverses formes de contorsions et de déhanchements rythmés au son du balafon et des tambours. L’ancienne préférée du roi, pour honnir sa rivale, s’était procuré une calebasse de graines de maïs. Elle comptait sur sa servante pour la renverser devant Ablavi pendant sa prestation, en présence de tous les illustres hôtes.
Les festivités suivaient leur cours normal. Il était dix heures. Le roi assis sur son grand trône de rônier tressé, s’amusait avec ses convives. Adjintinnin était particulièrement joyeux parce que c’était le tour de sa dulcinée, et il comptait sur elle pour conclure en beauté le spectacle. La servante s’avança et versa la calebasse de maïs devant Ablavi avant de se sauver en courant. Directement, Ablavi cessa de danser, s’affaissa et se mit à picorer les graines. Toute l’assistance éclata de rires, mais le roi était pris d’une terrible colère devant la honte liée à cet incident. Les autres épouses du roi déclarèrent avec indignation, que la bien-aimée d’un grand roi comme celui-ci, devait tout au moins maitriser les règles élémentaires de savoir-vivre et de bonne conduite. Certaines hurlaient : ‘’Quoi de plus normal ! Que peut-on attendre d’une poule ?’’ Et les moqueries fusaient.
Le roi demanda à un serviteur de rassembler les effets d’Ablavi et de la ramener à ses parents. Cet ordre fut immédiatement exécuté. Au petit matin, l’une des épouses du roi, la seule qui ne se chamaillait pas avec Ablavi, alla expliquer les bases réelles de l’incident au roi. Elle lui raconta la fameuse réunion et l’infâme plan qui en résulta. Le roi renvoya aussi l’épouse jalouse instigatrice du plan chez ses parents, mais sans aucun cadeau. Elle fut expulsée les mains complètement vides. Ses parents la renièrent car ils ne comprirent pas qu’une reine puisse revenir chez ses parents dans un tel état. Rejetée de tous, elle connut une existence misérable dans la brousse et ne tarda pas à mourir.
Pris d’un terrible remords, et regrettant le départ de sa chère Ablavi, le roi lui aussi ne tarda point à trépasser. Il aurait voulu revoir son épouse, mais le coq l’avait suffisamment mis en garde au moment de son mariage. Informés des raisons de la mort du roi, les anciens se réunirent et prirent une loi qui interdisait définitivement les mariages entre les hommes et les animaux.
********
8- La tortue et sa jolie fille
Il était une fois un roi très puissant qui régnait sur un royaume grand comme la France. Son autorité s’étendait même aux animaux sauvages de la forêt. A cette époque, la tortue était considérée comme l’animal le plus intelligent, parce qu’elle faisait beaucoup d’exploits et jouait des tours à quiconque la défiait. Le roi avait un fils nommé Demba à qui il offrit cinquante belle jeunes filles afin qu’elles soient ses épouses, mais le prince ne voulut aucune d’entre elles. Le roi outré, devint très furieux contre son fils et prit une loi stipulant que toute fille du royaume qui rivaliserait en beauté avec les épouses qu’il proposait à son fils, ou toute fille qui séduirait son fils le prince, serait tuée avec toute sa famille.
Or en plus de son intelligence exceptionnelle, la nature avait offert d’autres avantages à la tortue. Elle lui avait par exemple offert une fille d’une beauté indescriptible. Ayant appris l’édit du roi, la mère se dit qu’il serait très risqué de garder un bel enfant comme le leur, car tôt ou tard, le prince la verrait et en tomberait immédiatement amoureux. Elle proposa donc à son mari de la tuer et de la jeter dans la brousse. Celui ci s’opposa, et proposa de la garder jusqu’à l’âge de trois ans, en prenant soin de bien la dissimuler.
Un jour, tandis que la tortue et son épouse étaient dans leur champ, il advint que le prince vint chasser du gibier dans leur voisinage. Il vit un oiseau perché sur un mur de la maison. Le pauvre oiseau contemplait tellement la fille qu’il ne sut pas que quelqu’un s’approchait de lui. Le prince abattit l’oiseau avec son lance-pierre et il tomba raide mort dans la maison. Il envoya donc un de ses serviteurs récupérer l’oiseau. Celui-ci cherchant l’oiseau des yeux, aperçût la fillette. Frappé par sa beauté, il retourna et fit venir son maitre. Dès qu’il posa le regard sur elle, le prince devint fol amoureux. Il resta longtemps à parler avec elle, à lui promettre monts et merveilles ; jusqu’à ce qu’elle accepte, finalement, d’être son épouse. Apres cela, le prince retourna au palais mais se garda bien de parler à son père des évènements qui s’étaient passés.
Le lendemain matin, le prince Demba envoya à la tortue, une dot de soixante pièces de tissus et de trois-cent cauris, avant d’aller, dans l’après-midi, lui déclarer son intention de se marier avec sa fille. Voyant que ce qu’il redoutait était en passe de se produire, la tortue expliqua au prince qu’il ne pouvait accepter de peur que le roi ne fasse périr toute sa famille. Mais le prince promit de les défendre au prix de sa propre vie. Apres une discussion houleuse, la tortue accepta de lui donner la main de sa fille. Le prince retourna tout joyeux à la maison et informa sa mère. Au lieu de jubiler, celle ci s’effondra en sanglots. Elle se dit qu’en apprenant une telle contrariété, le roi ferait exécuter son brave enfant, cependant elle voulait qu’il épousa la fille de son choix. Elle négocia donc avec la tortue et compléta la dot, pour qu’il n’offre point sa fille à quelqu’un d’autre. Pendant les cinq années qui suivirent, le prince allait secrètement visiter sa bien-aimée.
Bien entretenue par son futur époux, Adet, la fille de la tortue, avait pris beaucoup de rondeurs et était prête pour le vrai mariage. Le prince décida alors d’informer son père. Lorsqu’il apprit la nouvelle, le roi devint rouge de colère, mais gardant son sang-froid, il convoqua tout le royaume sous l’arbre à palabre pour le jour du marché.
Le jour fixé, la place publique était noire de monde. A la venue du roi et de la reine, tout le peuple se prosterna pour les saluer. Le roi demanda qu’on fasse venir la fille. Il resta stupéfait. Jamais il n’avait vu pareille beauté dans son royaume. Prenant la parole, il expliqua au peuple qu’il était fâché contre son fils parce qu’il avait demandé la main d’Adet sans le prévenir, mais qu’à la vue de la créature concernée, il pensait que son fils avait fait le meilleur choix possible, et que de ce fait, il lui pardonnait.
La foule lança à l’unisson des cris d’admiration pour saluer le charme de la fille. Elle méritait sans aucun doute le titre de princesse. Le roi annula donc la loi inique qu’il avait prise cinq années plus tôt. Le mariage eut lieu le même jour, et un immense festin de cinquante jours fut organisé. Tout le peuple fut gavé de fufu et de vin de palme. A la fin des festivités, le roi confia la moitié de son royaume à la tortue et lui offrit trois cent esclaves pour labourer ses terres. Il devint l’un des plus nantis du royaume. Sa fille et le prince vécurent longtemps, comblés et prospères. A la mort du roi, ils prirent la succession. La tortue assista avec fierté à tous ces événements. Non seulement il était le plus intelligent de tous les animaux et de tous les hommes, mais aussi le plus heureux.
MORALE : Ayez toujours de belles filles, car quelque soit votre misère, il y a une chance qu’un fils de roi en tombe amoureux. Leur union vous enrichira.
********
9- Le chasseur et ses amis
Il y a bien longtemps, vivait dans la brousse, un chasseur Calabar nommé Effiong. Il tuait plein d’animaux qu’il vendait pour s’enrichir, et il avait une grande réputation dans tout le pays. Effiong était très dépensier. Il gaspillait tout son argent dans les excès de table. Il mangeait et buvait avec tout le monde jusqu’à ce que ses poches se vident, puis il repartait faire la chasse. Il advint que la chance s’éloigna progressivement de lui. Il avait beau c pendant des jours et des nuits, il ne trouvait plus le moindre gibier. Un jour, comme il était complètement affamé, il alla emprunter deux cent cauris à son vieil ami Okun. Il lui demanda de passer récupérer les sous chez lui, à une date bien précise, en prenant soin de se munir de son fusil bien chargé de munitions pour parer à toutes éventualités.
Effiong avait d’autres amis. Au cours d’une expédition nocturne, il avait fait la connaissance d’un léopard et d’un lynx. Il avait aussi croisé une autre fois, dans une ferme, un coq et un bélier. Pendant qu’il réfléchissait au remboursement de sa dette, un plan lui vint à l’esprit. Il alla le lendemain demander à de son ami le léopard un prêt de deux cent cauris remboursable le même jour, à la même heure. Il lui précisa aussi que s’il ne le voyait pas ce jour, il avait la permission de tuer et de dévorer tout ce qui s’y trouverait. De la même manière exactement, le chasseur se rendit auprès du coq, du lynx et du bélier pour prêter de l’argent selon les mêmes modalités.
Le jour fixé, le chasseur répandit des graines de maïs dans toute sa concession et partit se cacher bien loin. le coq se souvint de sa créance et se rendit chez le chasseur pour récupérer son dû. A sa grande surprise, il ne trouva personne ; mais comme après sa longue marche, il avait très faim, il se mit à picorer les graines de maïs éparpillées sur le sol. Le lynx ne tardât pas à faire son entrée. Comme il ne vit pas le chasseur, il sauta sur le coq et le mit en pièces. Occupé à manger la viande tendre, il n’aperçût pas le bélier qui, enragé par l’absence de son débiteur, le chargea violemment avec ses cornes. Ne se sentant pas assez fort pour affronter le bélier, le lynx ramassa les restes de son repas et s’enfuit dans la brousse, renonçant ainsi à ses deux cent cauris. Content que son adversaire ait abdiqué, le bélier se mit à bêler fièrement. Le bruit attira le léopard qui était aussi en route. A mesure qu’il s’approchait, l’odeur de viande fraiche s’intensifiait. Pour étancher sa faim, il bondit sur le bélier et lui trancha la gorge, avant de le dévorer.
Il sonnait déjà huit heures. Apres avoir vidé son gros bol de bouillie de mil, Okun épaula son fusil et se dirigea vers la demeure d’Effiong pour recouvrer sa créance. Quand il vint au portail, il entendit des rugissements. Etant lui même un chasseur, il s’approcha avec précaution et abattit le léopard en un coup de feu. La mort du léopard signifiait qu’Effiong était débarrassé de quatre de ses créanciers. Le lynx tua le coq. Le bélier fit déguerpir le lynx qui par sa fuite renonçait à son argent. Le léopard qui tua le bélier venait d’être abattu par Okun. Cela lui faisait une économie de huit cent cauris, mais ce n’était pas fini. Il restait théoriquement redevable de deux cent pièces de cauris.
Ayant entendu le coup de feu, Effiong sortit de sa cachette. Okun se tenait debout devant la dépouille du léopard. Effiong se mit à crier en simulant une grande colère. ‘’Pourquoi as-tu tué mon ami le léopard ?’’ Demanda t-il furieusement. Comme il menaçait de se plaindre au roi pour l’affront causé, Okun fut pris d’une grande frayeur et se confondit en excuses. Il ajouta qu’il renonçait à sa créance. Or c’était exactement ce que voulait Effiong. Il demanda donc à son ami de rentrer chez lui, qu’il était pardonné et qu’il enterrerait lui même la dépouille de son ami le léopard. Okun s’empressa de lui fausser compagnie après une litanie de remerciements pour son pardon.
Effiong n’inhuma guère la dépouille. Il sépara la peau tannée de la chair. Il fit rôtir la viande qu’il mangea pendant plusieurs jours. Quant à la peau, il alla dans un marché lointain l’échanger contre une forte somme d’argent. Depuis ce jour, quand le lynx voit une poule, il l’attrape et la dévore en souvenir de sa créance de deux cent cauris, que le chasseur ne paya jamais.
MORALE : Ne prêtez jamais de l’argent aux gens. Pour ne pas vous rembourser, ils essayeront de vous faire la peau d’une manière ou d’une autre.